Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

L’ADN peut-il innocenter Omar Raddad ?

258 lectures

Un article de Aziz Zemouri du 23 juin 2021, publié par "Le Point".

 

L’avocate de la défense a fait savoir qu’une empreinte génétique masculine inconnue présente sur la scène serait susceptible de rouvrir une enquête vieille de 30 ans.

 

 

L'avocate d'Omar Raddad Sylvie Noachovitch a-t-elle découvert un nouvel élément qui pourrait relancer l'enquête sur l'assassinat de Ghislaine Marchal, tuée par le jardinier marocain en juin 1991 ? Omar Raddad a été reconnu coupable par les jurés de la Cour d'assises de Nice en février 1994. Il a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle. La grâce présidentielle que lui a accordée Jacques Chirac n'a pas absous Omar Raddad de son crime. Il a néanmoins toujours clamé son innocence.

Sa famille a sollicité un spécialiste en génétique, Laurent Breniaux, expert judiciaire près la cour d'appel d'Aix-en-Provence jusqu'en 2020. À partir d'analyses déjà existantes dans la procédure judiciaire réalisée en 2015, il a isolé une empreinte génétique masculine inconnue présente à une trentaine de reprises dans le tracé des lettres d'« Omar m'a tuer ».

Doute :
Selon le rapport cité par Le Monde : « La localisation de cette empreinte génétique, son omniprésence uniquement au niveau des zones d'écriture, et plus précisément au niveau des lettres ensanglantées, interrogent sur l'activité qui a pu conduire à sa présence. Les hypothèses de pollution et contamination du scellé par un intervenant extérieur deviennent peu probables alors que les hypothèses de transfert primaire direct ou indirect au moment des faits le deviennent de plus en plus. »

Le général de gendarmerie François Daoust, ancien patron de l'IRCGN, la police technique et scientifique de la gendarmerie, est dubitatif : « La lecture de cette seule conclusion est intéressante, mais me laisse un peu sur ma faim, n'ayant pas le rapport dans son entier ni la conclusion du Dr Pascal, expert désigné à l'époque. Pour parfaire l'analyse rapportée par Le Monde, il faudrait savoir si le reste de la porte sur laquelle est rédigée l'inscription a été prélevé. Si oui, avons-nous un ou plusieurs ADN similaires ou différents de celui retrouvé le long du tracé des lettres ensanglantées ? Si le reste de la porte n'a pas été prélevé, il conviendrait de le faire afin de s'assurer que le même ADN n'est pas présent partout : ce qui montrerait que sa présence, y compris le long du tracé de certaines lettres, n'est pas pertinente comme indication irréfragable de la concomitance de l'écriture. »

Datation :
En revanche, si la porte a été prélevée sur toute sa surface et que l'ADN en question est réellement présent seulement le long du tracé des lettres, des vérifications mériteraient d'être réalisées afin de s'assurer que cette absence n'est pas due à une dégradation de cet ADN. En clair : ce qui était à l'origine un seul et même ADN peut, à cause d'une mauvaise conservation, s'altérer, se dénaturer en plusieurs morceaux.

Reste la principale critique faite à cet extrait d'expertise par les spécialistes de l'enquête judiciaire qui concerne la date du dépôt de cet ADN retrouvé par Laurent Breniaux. « La datation du moment du dépôt d'un ADN n'est pas encore scientifiquement robuste », préviennent-ils. À savoir : est-on tout à fait certain que l'ADN que l'on a retrouvé a été déposé au moment du crime ?

Néanmoins, précise le général Daoust : « Si nous trouvons d'autres ADN, l'hypothèse d'une dégradation hors les traces de sang est alors difficilement défendable et de nouvelles hypothèses sur sa présence le long du tracé de sang doivent alors être émises et vérifiées, dont celle avancée par M. Breniaux », déclare au Point ce spécialiste de la procédure judiciaire qui dirige aujourd'hui le centre de recherche de l'école des officiers de la gendarmerie.

Un autre individu dans la cave ? Impossible
Le Monde, lui, va plus loin et laisse entendre qu'un autre individu aurait pu se glisser dans la cave où Ghislaine Marchal a été retrouvée. Une hypothèse à rebours du scénario privilégié jusqu'ici par les enquêteurs, qui considèrent que la victime s'est barricadée dans la cave après avoir été poignardée par le meurtrier à la gorge et au ventre et est restée en vie pendant près de quinze minutes avant de décéder. 

L'hypothèse d'un tiers dans la cave avait été éliminée par l'enquête lors de la reconstitution des faits. Il a été démontré techniquement que personne n'a pu sortir de la cave après que la porte fut bloquée de l'intérieur. L'avocat de la défense avait testé, ne réussissant à s'extirper qu'après moult gestes qui ont endommagé le dispositif de blocage alors qu'aucune trace de ce genre n'avait été retrouvée par les gendarmes lors de la découverte du corps de la victime.

Le rapport du juge d'instruction l'indique très clairement : « Nous notons également que lors de la manœuvre de sortie de la cave, Me Girard a été dans l'obligation de faire pivoter la porte et de la faire passer sur le tube métallique qui fléchissait au fur et à mesure de l'avancement de la porte. Le frottement de la porte sur le tube a laissé à ce dernier des traces métalliques sur 40 cm, traces qui n'apparaissaient pas sur le tube avant la manœuvre de Me Girard. »

Révision rejetée en 2002 :
Le capitaine de gendarmerie Georges Cenci, qui a dirigé l'enquête sur l'assassinat de Ghislaine Marchal, dans son ouvrage magistral Omar l'a tuée (éd. L'Harmattan), est également formel : « Les caractères nets, appliqués, non déformés, écrits par une personne lucide et déterminée, excluent toute écriture sous la menace et la contrainte. »

En novembre 2002, la chambre criminelle de la Cour de cassation, siégeant en tant que cour de révision, avait rejeté la demande de révision du procès d'assises. Un rejet fondé déjà sur de nouvelles traces ADN :

« Si la découverte d'empreintes génétiques masculines sur les deux portes servant de support aux inscriptions accusatrices, ainsi que sur le chevron, constitue un élément nouveau, il est impossible de déterminer, à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées ; attendu que de nombreuses personnes ont pu approcher les pièces à conviction avant le meurtre et, faute de précautions suffisantes, après celui-ci ; que, dès lors, serait privée de pertinence toute recherche complémentaire sur les empreintes génétiques découvertes, comme sur celles qui pourraient l'être par de nouvelles investigations », pouvait-on lire.

 

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

no attachment



À Voir Également

Trente ans après, les soutiens d'Omar Raddad persistent… et les accusateurs aussi

Un article de Théo Moy, publié le 10 juillet 2021 sur "Marianne"   Trente ans après le meurtre de Ghislaine Marchal, le dossier Omar Raddad électrise toujours les débats entre les défenseurs du jardinier, qui espèrent une révision du procès, et des accusateurs plus discrets mais toujours convaincus.  

Lire la suite

Motivation de la peine dans les verdicts de cours d'assises

Dans son dernier ouvrage intitulé "Coulisses judiciaires" (Janzé, Coëtquen Editions, 2017), Frédéric Valandré a longuement étudié la réforme du 10 août 2011 (loi n° 2011-939, article 353, appliquée depuis le 1er janvier 2012), ses aspects positifs et ses limites...  

Lire la suite