Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Aveu d’Omar Raddad. Pourquoi si tard, pourquoi si vrai ?

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Courriel reçu le 12 janvier 2018, de Denis Bigot, ancien Directeur de la Maison d'Arrêt de Grasse.

Cet email fait suite à ce premier article, puis celui-ci et enfin la publication d'une lettre ouverte à laquelle répond aujourd'hui Denis Bigot ; concernant l'"aveu" de Omar Raddad lors de sa détention à la maison d'arrêt de Grasse.

 

Le contexte :

Fin juin 2017 : voilà qu'on parle, à nouveau, de l'affaire Grégory. J'ai toujours suivi de près cette affaire. En effet, lorsque je dirigeais le centre de détention d'Oermingen, près de SarreUnion, entre 1986 et 1988, j'avais un jour rendu visite à mon collègue, chef de la maison d'arrêt de Saverne. Jean-Marie Villemin y était alors incarcéré après le meurtre de Bernard Laroche.

Ouvrant une cellule, mon collègue m'indique : « C'est celle où il est incarcéré. » J'échange avec lui quelques mots. Je vois un homme affreusement amaigri, tentant de faire bonne figure dans un local sombre, artificiellement éclairée « a giorno », qu'il partage avec un codétenu.

Jean-Marie Villemin n'est pas très grand, se tient droit, raide même, comme figé dans une sorte de garde-à-vous maladroit lissé d'un sourire forcé. Les joues creusées, seul son regard garde une grande intensité. Un feu intérieur dont je me souviens encore habitait cet homme. Il évite d'évoquer son affaire pour surtout me parler du sort et de la situation de sa femme. C'est, pour lui, le désespoir, la détresse absolue. Le personnel de ce petit établissement, tel une famille, le surveillait de très près. Mieux : il l'entourait. Chacun craignait un suicide. « Tu pouvais m'éviter cette épreuve », dis-je au collègue. Qui me répond : « Quand j'ai le cafard, je vais le voir ; ça remet les pendules à l'heure. »

Le 1er juillet 2017, fouillant sur Amazon, je tombe sur l'ouvrage du colonel Sesmat : « Les deux affaires Grégory ». J'achète et lis ce document d'une seule traite. Officier supérieur de la gendarmerie, saint-cyrien, l'auteur ne cache pas son amertume face à la masse de reproches qu'il endura, les plus fielleux ne venant d'ailleurs pas de l'opinion publique. Je suis, aujourd'hui, convaincu que les gendarmes avaient vu juste dès le départ. Mais le juge Lambert... Paix à cet homme qui n'a pu soutenir la pression, compassion pour son épouse et sa fille.

Amazon suggérait la lecture du livre du capitaine Cenci : « Omar l'a tuée. » Je le commandais le 31 juillet. D'où mon commentaire, sur son blog du même nom, le 27 septembre. Raddad, je connais. Bien mieux, évidemment, que Jean-Marie Villemin. L'ouvrage de ce directeur d'enquêtes criminelles (notamment) se révèle plus démonstratif, s'appuyant sur des documents et des pièces de procédure jusqu'alors ignorées du grand public. Une contrariété plus diffuse, plus amortie s'insinuait au fil des pages. Certains médias, des avocats, tel maître Vergès, critiquèrent outrageusement son travail et celui de ses subordonnés. Il s'agit d'une enquête irréprochable, complète, pertinente, objective.

Monsieur Cenci et moi nous étions croisés lors d'un congrès de criminologie, le 11 octobre 1997, organisé à Villefranche-sur-Mer par Marcel Culioli, professeur de droit pénal à la faculté de Nice. Nous échangeâmes quelques mots sur Raddad. Je lui indiquai rapidement que j'eus, de mon côté, à gérer un incident de détention survenu à la nouvelle maison d'arrêt de Grasse, découvrant par ce fait une facette totalement inconnue du personnage.

J’ai lu, en octobre, trois autres livres. Ceux de la « partie adverse », ou plutôt de l'adversité tout court. Les valeureux partisans de « l'innocence » d'Omar Raddad : l'académicien Jean-

Marie Rouart : « La fabrication d'un coupable », Ève Livet : « L'affaire Omar », et même le brûlot du criminel Raddad : « Pourquoi moi ? ». Plus encore que les deux autres, ce dernier ouvrage est un tissu de mensonges, le tout enjolivé de bons sentiments, tel un roman de gare à l'eau de rose : les Français sont formidables, sa justice azuréenne et ses acteurs sont soit incompétents, soit racistes. Je découvre qu'il parle de moi et de son séjour au quartier disciplinaire.

Les propos du justicier Rouart me révoltèrent intérieurement. Quel tissu d'approximations, et de contre-vérités ! C'est un ouvrage inspiré, en trois semaines, né de la transcendance et non de l'immanence. N'est pas Moïse qui veut ! Le 24 octobre, je rédigeais sur Amazon, au bas de son ouvrage, un bref commentaire où j'indiquais, in fine, en deux lignes, que Raddad m'avait dit, seul à seul, dans des circonstances très précises : « Oui, je l'ai bien tuée ». Je croyais cet épisode sorti depuis bien longtemps de ma mémoire.

Loin de moi l'idée d'annoncer un scoop à la face du monde ! Non, c'était une réflexion à moi-même, l'irruption soudaine d'un souvenir. Qui viendrait scruter un commentaire niché au bas d'un livre vieux de vingt-trois ans ? Si j'avais voulu faire publicité de cet événement, je m'y serais pris tout autrement.

 

Les faits :

La sagacité de Georges Cenci lui fit dénicher ce commentaire. Il le transcrivit in extenso sur son blog. Un gros titre « L'aveu » en rouge sur fond noir chapeautait la reprise de mes propos. Quelques temps plus tard, il me demandait, sous la forme d'une lettre ouverte, de préciser les circonstances de cet événement.

Ce matin, 26 décembre 2017, j'ouvre l'agenda-planning enfin retrouvé de la semaine 46, du 13 au 18 novembre 1995. Sans lui, il m'eût été impossible de classer, hiérarchiser et remonter la chronologie d'événements vieux de vingt-deux ans, l'ambiance et l'environnement dans lesquels ces propos furent tenus. Semaine 46 chargée, mais laquelle ne l'est pas ? Dominante : quinze jours de présence éventuelle d'une équipe de tournage dans la détention. La chancellerie, via la direction régionale, avait autorisé la présence d'une équipe de tournage. Elle devait réaliser un reportage destiné à la chaîne TF1 sur les conditions de vie des mineurs en prison.

Premier souci : outre les locaux de la prison, l'équipe de tournage voulait filmer les comparutions, l'activité des juges ainsi qu'une audience du tribunal pour enfants. Un casse-tête sans fin qui dépassait de loin mes compétences de directeur pénitentiaire aux portes de l'autorité judiciaire. Aussi, le lundi 13 novembre 1995, avais-je obtenu pour 10 h, un rendez-vous conjoint dans le bureau de monsieur Pech, premier président de la cour d'appel d'Aix-en-Provence avec monsieur Pierre Mérand, procureur général près ladite cour. Pour mener à bien la mission, je devais obtenir l'accord du président et du procureur du tribunal de grande instance de Nice. 

Par chance, je connaissais Pierre Mérand qui fut, plus tôt dans sa carrière, chef de l'inspection générale des services pénitentiaires. Longue séance de travail technique dont dépendait l'accord conjoint (ou pas) des deux hauts magistrats. Le procureur général donne des instructions. Le premier président « sollicite » l'avis des présidents de juridictions. Les professionnels comprendront. Le lendemain matin, avisé de leur autorisation, j'entreprenais les démarches nécessaires.

Deuxième problème, le mercredi 15 novembre, figurait de longue date et programmé en interne, un exercice incendie. L'établissement fonctionnait à plein régime depuis son ouverture en septembre 1992 : plus de 700 détenus figuraient à l'effectif. Nous devions, à cette occasion, ne pas négliger la survenue impromptue de tout incident, individuel ou collectif.

J'avais donc mobilisé la section locale du GIRAP, (groupe d'intervention régional de l'administration pénitentiaire). Je l'avais créé, à titre expérimental, à la demande du directeur régional des services pénitentiaires de l'époque. Nous avions sélectionné 20 agents locaux du personnel de surveillance, des volontaires, bons sportifs, équilibrés, précurseurs des actuelles ERIS (Équipes régionales d'intervention et de sécurité, formées par le GIGN). Ce sont, aujourd'hui, des unités d'élite régionales nées de l'heureuse initiative du directeur de l'administration pénitentiaire de l'époque.

Je précise ceci car, dès le mardi 14 novembre, le bruit s'était déjà répandu en détention que des journalistes et toute une équipe de tournage allaient déambuler et filmer les propos, déplacements et activités des mineurs incarcérés (une dizaine à l'époque), L'ébullition gagnait la maison d'arrêt. Une euphorie malsaine saisissait les détenus. Bonne occasion pour certains qui souhaitaient exhaler tout le bien qu'ils pensaient des mondes judiciaire et pénitentiaire.

Mercredi 15 novembre, 6 h : dernière réunion préparatoire des personnels pour caler les derniers détails. Thème retenu : des matelas en mousse, brûlés en cellule par quelques détenus mécontents dégageaient une insupportable et nocive fumée. Nous devions procéder à des mutations rapides de détenus d'un étage à l'autre et surtout activer les systèmes de ventilation désenfumage, jamais testés depuis l'ouverture. 

Enfin, nous avions à l'œil Omar Raddad, lequel avait réintégré l'établissement le 10 février 1994 en provenance de la maison d'arrêt de Nice. Je ne le connaissais pas personnellement, ayant pris mes fonctions deux ans plus tôt. À l'époque des faits (23 juin 1991) qui lui valurent son incarcération dans l'ancienne maison d'arrêt, je dirigeais la maison centrale de Châteauroux-Saint Maur, dans l'Indre.

Raddad avait une tête, une allure, un aspect de « gendre idéal ». D'un calme impressionnant, posé, portant beau, toujours bien vêtu, ne se départissant jamais d'une physionomie avenante, il faisait « innocent » ! En détention, il détonnait parmi les autres détenus. On eût dit un sémillant avocat visitant un de ses clients. De plus, un si beau garçon ne pouvait être coupable d'avoir égorgé et éviscéré la si gentille dame qui l'employait ! Il savait tout ça et en jouait. Je précise qu'il parlait parfaitement le français y compris les mots d'argot. Il n'avait nul besoin d'interprète.

Condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle, il ne cessait de répéter à l'envi son : « Je suis innocent, je suis innocent. »

Pendant mes études de droit, j'avais suivi les cours de l'Institut de Criminologie de Toulouse, à l'époque dirigé par le professeur Merle. Dans ses cours, un commissaire divisionnaire enseignait et nommait ce comportement : « Le syndrome de Manosque. » Devant l'évidence, devant les preuves accablantes, devant les faits irréfutables, la personne accusée d'un crime de sang aussi répugnant qu'odieux (un violeur-tueur de cette ville en l'occurrence) ne cessait de répéter : « Je suis innocent ». La personne s'entoure d'un cocon protecteur, elle crée un alter ego imaginaire et intime qui lui murmure, en la rassurant : « Non, ce n'est pas toi qui as commis une horreur pareille. » Elle le croit, en est sûre et le clame haut et fort. Elle devient prisonnière de son apparence.

Souvenons-nous de Simone Weber, (avocat : maître Vergès...) qui, à Nancy, ayant nuitamment démembré son dernier mari ne cesse, encore aujourd'hui, de sa villégiature cannoise, de clamer trente-trois ans après les faits : « Je suis innocente, je suis innocente ! » Qui se souvient, aujourd'hui, de la rude épreuve qu'eut à subir le juge Thiel, « son » juge d'instruction. Comme Raddad, même sa peine exécutée, elle est l'invitée des plateaux de télévision : « Salut les terriens », notamment. Raddad, lui, a fait mieux. Il fut l'invité de Rouart à l'Académie française !

Dans son livre, enfin dans le livre qu'il fit écrire, Raddad raconte, page 115 : « Le lendemain du verdict, à l'heure de la promenade, plusieurs détenus sont venus me voir, ils m'ont dit qu'ils s'étaient tous concertés et qu'ils tenaient à manifester leur solidarité avec moi. Ils étaient très énervés, mais ils avaient d'abord voulu me demander ce que j'en pensais. J'ai réfléchi quelques instants et je me suis dit que tout ça risquait de dégénérer et de faire beaucoup de tort aux détenus (...) J'ai donc décidé de les dissuader de se révolter de quelque façon que ce soit. »

Chacun notera au passage son autorité (bien fictive) sur la population pénale niçoise. Des détenus liés au grand banditisme l'appelaient : « Le bidon ». Le même phénomène prospérait à Grasse vingt mois plus tard. À une nuance près. La justice avait définitivement refermé ce dossier. Coupable et définitivement condamné, Omar Raddad très mécontent, bouillait intérieurement. Quelques détenus, de-ci de-là, s'agglutinaient autour de lui. Oh ! Il n'incitait pas directement à la révolte. Il dénonçait, comme son avocat Vergès, une justice azuréenne de classe, des magistrats racistes et de parti pris. Il ânonnait son sempiternel : « Je suis innocent ». Bref, certains, en sous-main, soufflaient sur les braises d'un mouvement collectif espéré.

Ce 15 novembre, autour de 11 h, appel du gradé d'étage. Le père de Raddad, arrivé en retard ne peut bénéficier du parloir avec son fils. Cela survient plusieurs fois par mois. Dans ce cas, nous programmons un nouveau parloir, soit pour l'après-midi si possible, soit à défaut, pour le lendemain, accordant le cas échéant le double du temps règlementaire (45 minutes), soit une heure et demie sans discontinuer.

À cette annonce, le détenu, m'indique-t-on, devient fou furieux. Il détruit la totalité de sa cellule individuelle, un luxe à l'époque ! Cette furie, observée à travers l'œilleton n'a aucun équivalent pour un tel motif : il casse tout avec méthode, hurle, pulvérise le lit, le téléviseur, le mobilier, et même le lavabo et le sanitaire. Il était parvenu, par torsions, à se munir d'un pied du lit et, ainsi armé d'une barre métallique, fracassait tout. Nouvel appel du chef de détention cette fois, qui sollicite des consignes. J'indique : « Pas d'intervention contre le forcené dans un tel état. La crise passée, prenez l'effectif nécessaire au sein de l'équipe d'intervention et placez-le, à titre préventif en cellule de punition. Dites-lui que, sitôt calmé, j'irai le voir au quartier disciplinaire »

Page 122, Raddad raconte l'incident à sa façon ; « Les surveillants qui me croyaient innocent faisaient même preuve de gentillesse à mon égard et me traitaient avec moins de sévérité que les autres détenus [...]. Il m'est pourtant arrivé de souffrir du comportement injuste d'un surveillant. Alors que je me préparais à rencontrer mon père au parloir, ce surveillant a prétendu que je me trompais de jour et que je n'avais pas parloir ce jour-là [...]. Le ton est monté et il a fait un rapport au directeur. Lorsqu'il est revenu pour m'annoncer que j'avais huit jours de cachot, le ton est monté au point que le directeur lui-même s'est déplacé dans ma cellule. Il m'a demandé ce qui s'était passé et après avoir écouté mon explication, il a décidé de porter la sanction de huit jours à un jour de cachot. J'ai bien vu qu'il m'avait cru [...]. Je n'ai jamais compris le comportement de ce gardien et ce qui pouvait lui apporter tant de cruauté. »

Que de mensonges dans ce court extrait ! Je vais rectifier les faits et décliner la vérité.

Raddad omet, évidemment, de préciser l'épisode de sa cellule totalement ravagée. Un détail, bien sûr. Parce que certains agents le croient « innocent », il est mieux traité que d'autres détenus ! Qui peut croire qu'un tel état d'esprit puisse exister dans la déontologie du personnel ? Chaque détenu est évidemment logé à la même enseigne. Et puis, dit-il : le surveillant lui inflige ou lui fait infliger, à chaud, 8 jours de quartier disciplinaire. Je vais le voir, poursuit-il « dans sa cellule » et je rapporte, tout de go, la sanction à un jour !

Je précise, tout de même, que constater une infraction et infliger une sanction exigent le respect d'un protocole strictement encadré. Une commission de discipline siège à cet effet. Elle se compose du chef d'établissement ou son délégataire et de deux assesseurs. Avant toute comparution du détenu, l'agent d'étage établit un compte rendu à la suite duquel une enquête suivie d'un rapport est effectuée par un officier, lequel ne peut siéger à cette commission lors de la comparution du détenu. L'agent rédacteur du compte rendu ne peut assister à la commission.

Le dossier de la procédure, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. Un exemplaire du dossier lui est remis au moins vingt-quatre heures avant la tenue de la commission afin que le prévenu puisse préparer sa défense. La commission, après comparution et observations éventuelles du détenu, délibère seule de la sanction à infliger (ou pas). Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. À l'époque, la présence d'un avocat ne figurait pas encore dans les articles du code de procédure pénale.

Je reçois Raddad, aux alentours de midi dans une des salles d'attente transformée en bureau, au quartier disciplinaire (et non dans sa cellule totalement ravagée). Je n'énumèrerai pas les dispositions du CPP qui précisent la mise en cellule disciplinaire par mesure de prévention et la façon dont se déroule la tenue et le prononcé d'une sanction : articles R. 57-7 et suivants dudit code.

Toute la procédure fut respectée. Elle figure toujours, évidemment, dans le dossier pénitentiaire de l'intéressé. La commission de discipline, à l'époque présidée en alternance par l'un de mes deux adjoints, siégeait deux à trois fois par semaine. À ce jour, l'un a rejoint la magistrature, l'autre le corps préfectoral. C'est dire la qualité de ces deux jeunes directeurs. De mémoire, la commission fut présidée par l'actuel magistrat, qui préside, aujourd'hui, une importante juridiction. L'autre directeur était en congé. En aucun cas, le chef d'établissement ne désavoue la décision de la commission de discipline s'il ne l'a lui-même présidée. À l'époque, seul un contre-avis médical pouvait interrompre l'exécution de la sanction.

Raddad situe (page 123) son séjour au quartier disciplinaire dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 novembre 1995. Or, à l'époque, il n'y avait pas de parloirs le lundi. Il ajoute : « Pour protester contre cette sanction injuste, j'avais refusé les draps et les couvertures qu'on m'avait apportés. Et les gardiens ont décidé de m'enlever mes vêtements pour éviter que je tente de me pendre. Cette nuit-là, j'ai bien cru que j'allais mourir de froid. Pour essayer me de réchauffer, je marchais sans arrêt, jusqu'à tomber d'épuisement. Mais le sol en béton était si glacé qu'il me fallait aussitôt me relever [...]. Je me demande si les gens qui infligent de telles sanctions mesurent à quel point elles sont inhumaines. »

Le quartier disciplinaire, situé au dernier étage d'un bâtiment est le mieux chauffé ! Si Raddad refuse draps et couvertures, c'est sa décision. Je n'ai aucune mémoire de cet épisode mais je doute fort de sa véracité. Il tente d'apitoyer les chaumières sur le sort qu'on lui infligerait. Si la commission l'a condamné à huit jours de « mitard » comme il dit, elle a pris, compte tenu de la nature des fait une décision mesurée.

Somme toute, les directeurs de prison sont de gentils garçons ! À Marseille, où il séjourne quelques jours après la grâce partielle du président de la République, en mai 1996 : « Le sous-directeur était très gentil avec moi [...]. Cet homme, persuadé de mon innocence [...], venait me voir et nous parlions ensemble [...]. Il était particulièrement choqué du changement de date de décès de madame Marchal. "Je ne crois pas une seconde à cette histoire de faute de frappe, c'est scandaleux", me disait-il. » Et aussi mon collègue, directeur de la maison centrale de Muret à l'époque, page 128 : « Comme le sous-directeur de la prison de Marseille, il était persuadé de mon innocence. Alors, il venait souvent me voir et nous parlions [...]. Il savait m'écouter. »

Chers collègues, si vous lisez ces lignes, vous sursauterez sûrement !

 

 

 

L'entretien :

Calmé, Raddad fut prestement maîtrisé, escorté sans difficulté jusqu'au quartier disciplinaire et placé en cellule. Averti, je me déplaçai, comme prévu et le reçus, seul, dans une des deux salles d'attente servant, à l'occasion, de bureau d'audience. Il avait, en partie, retrouvé ce visage impassible si impressionnant. Mais il avait peur. Peur des forces déployées dans le quartier disciplinaire. Un autre incident ayant éclaté en détention, d'autres placements plus rugueux agitaient les lieux, obligeant les agents à faire usage de la force pour ramener l'ordre.

Amené, il se présente et salue. Je l'invite à s'asseoir. De suite, je remarque les battements accélérés de sa veine jugulaire. Il est mal à l'aise, déstabilisé. Oui, déstabilisé d'avoir jusqu'ici bien caché et d'un coup dévoilé ce côté très sombre de sa personnalité, un comportement de dément sitôt qu'on lui oppose un refus.

Denis Bigot - Vous pouvez m'expliquer ce qui vous a pris ?

Omar Raddad - C'est à cause du parloir avec mon père. On me l'a refusé ! Le surveillant m'a dit qu'il était en retard, il venait du Maroc pour me voir. Le surveillant est cruel !

DB - Quand vous essuyez un refus vous cassez la cellule ?

OR - C'est plus fort que moi, je n'ai pas pu me retenir !

DB - C'est ainsi que vous avez tué madame Marchal ?

OR - Elle m'a insulté !

DB - Pour quelle raison ?

OR - ...

DB - Et vous l'avez tuée !

OR - Je l'ai frappée...

DB - Frappée ! Vous l'avez bien tuée, oui !

OR - Je l'ai bien tuée... mais je ne voulais pas !

Et il haussait le ton ! La tension montait. Je voyais les agents se rapprocher bruyamment derrière la vitre de la salle d'attente, craignant une nouvelle explosion d'agressivité. Mais Raddad, d'un coup mutique, savait ce qui l'attendait s'il ne parvenait pas à se maîtriser.

DB - Vous comparaîtrez, bien sûr, devant la commission de discipline. Et vous beuglez, partout en détention, que vous êtes innocent ! Vous excitez, rusé que vous êtes, certains détenus sur votre cas ! Cela ne vous dérangerait pas qu'un mouvement collectif vienne vous soutenir ! Vous pouvez disposer.

 

Discussion :

La lettre ouverte que monsieur Cenci m'adresse fait état d'interrogations de certains de ses correspondants. Le directeur a-t-il averti (en l'occurrence) le procureur de la République ? Réponse, en conscience : non. Ni personne d'ailleurs !

Pourquoi ? L'article 40, alinéa 2 du code de procédure pénale fait obligation à « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

Est-ce le cas ? Non. Un aveu-confession, reçu par un détenu, de surcroît condamné définitif, sous le coup de l'émotion, en confidence, ne constitue ni un crime, ni un délit et n'a aucune incidence sur son avenir judiciaire.

Dans cette administration, tout propos, commentaire ou aveu relatif à des faits ayant entraîné une condamnation devenue définitive ne nous interpellent nullement. Pour une personne en détention préventive, tout diffère. Aveu : ce mot n'est pas dans notre vocabulaire. Nous recevons quotidiennement des confidences. Mais les directeurs des services pénitentiaires cultivent, tel un principe cardinal, le culte du silence et du secret. Nous ne sommes pas en recherche de vérité. Nous gérons l'exécution d'une décision de justice. Cet aveu de Raddad n'avait, pour moi aucune importance. Sa subite crise de démence résultait de tout le climat décrit précédemment, plus la goutte d'eau du parloir manqué. Un phénomène bien connu dans la théorie des catastrophes appliquée à la sociologie carcérale.

Cela étonnera certains mais dans cette affaire, nous retenions seulement... la cellule détruite. La gestion de l'effectif s'effectuait, au jour le jour, au détenu près. Dépasser un quota de 720, entraînait des pénalités financières. Une cellule individuelle saccagée nous forçait à reconsidérer, par mesure de précaution, l'organisation et la répartition des détenus, témoins auditifs à l'étage. La réparation du local entraînait un coût important. Nous étions sous contrat dans le cadre du fameux « PPP », partenariat public-privé avec le groupement GECEP. Toute réparation en de telles circonstances n'était jamais synonyme de gratuité.

Je n'ai omis, trois décennies durant, de souscrire à l'obligation exigée par l'article 40, alinéa 2 du CPP, chaque fois que nécessaire et justifié. L'entretien dont je viens de faire état n’entrait nullement dans le cadre des dispositions de l'article précité. Raddad n'a seulement pas su ou pu mentir à ce moment. L'espace d'un instant de faiblesse, il a baissé sa garde et reconnu les faits. C'est tout ! 

Raisonnons a contrario. Que peut-il se passer si j'avertis par écrit ou en confidence le procureur ? Des ennuis, rien que des ennuis médiatiques. Le magistrat peut, certes, Raddad et moi, nous faire déposer et signer un procès-verbal. Le fera-t-il ? Pas sûr ! Il n'oubliera pas l'épreuve médiatique endurée par son adjoint, monsieur Farret, avocat général lors du procès d'assises, les commentaires perfides de certains journalistes à son encontre, ni les limbes où échoua la plainte de monsieur Auméras, procureur de la République à Nice, plainte contre l'avocat Vergès pour ses propos tenus sur les marches du tribunal, ni le naufrage de cette procédure dans le bureau du juge Espel, ni... la liste n'en finit pas !

Et après ? Après : rien ! Raddad réitérera-t-il ses aveux ? Je n'en suis pas sûr. Le procureur transmettra au procureur général qui transmettra au ministère qui renverra au directeur général de l'administration pénitentiaire, qui renverra au directeur régional, qui renverra... Pour moi, l'aveu confidentiel de Raddad relève du non-événement.

Si je joins un rapport supplétif à la procédure disciplinaire, relatant l'entretien à toute ma hiérarchie, comme la loi rend le détenu destinataire d'un exemplaire, maître Vergès n'aurait pas manqué de saisir l'occasion d'une nouvelle publicité à bon compte. Car maître Vergès, toujours lui, rend très régulièrement visite à son client. Nous risquions tous, d'ouvrir, à nos dépens, un nouveau front médiatique.

Or, la détention se déstabilise. Une équipe de tournage va évoluer dans les locaux. L'avocat contesterait publiquement l'aveu de son client, évidemment extirpé sous la contrainte, le tout, de préférence devant un parterre de journalistes qu'il aurait convoqués à l'entrée de la maison d'arrêt, criant ainsi à la persécution de son client. La situation, intra-muros pouvait devenir risquée, la détention pouvait réagir, un mouvement collectif se transformer en une épreuve de force des plus incertaines.

Maître Vergès et moi nous connaissons depuis 1985, quand je dirigeais la maison centrale de Clairvaux (la maison centrale et non le centre pénitentiaire). Il ne s'est jamais vanté d'avoir terminé sa venue nocturne à l'établissement dans un fossé, une nuit d'hiver, à 3-4 h du matin, escorté d'une nuée de journalistes et gentiment bousculé par le service action de la DST venue exfiltrer son client, le terroriste Bruno Bréguet vers la Suisse. Il voulait médiatiser, (c'est son créneau !) cette discrète libération-expulsion. Trop belle occasion pour lui, dix ans après, à Grasse, de prendre sa revanche. Je ne la lui ai pas offerte.

Je connais le procureur Jean-Marie Durand depuis dix-sept ans. Nos carrières se sont croisées et nous nous retrouvons à Grasse. Nous avons travaillé près de sept ans ensemble. Nos relations, chacun à sa place, sont empreintes d'une grande, d'une très grande confiance. Il sait que si je ne l'informe pas de tout, hors article 40, alinéa 2, j'ai mes raisons et que je garde mon libre arbitre. L'équilibre de la détention prime tout. Dans cette affaire, il n'y avait matière à aucune poursuite, sinon que des coups médiatiques à subir sans broncher : obligation (et non devoir) de réserve oblige.

Et je vais vous indiquer ce qui se passe, a postériori, quand on prend ses responsabilités et qu'on actionne ce fameux article. Dans la nuit du 31 décembre 1997 au 1er janvier 1998 plusieurs agents tabassent un jeune maghrébin, « pour se défouler » : ils trouvaient la détention trop bruyante ! L'intéressé m'écrit et dénonce les faits. Dans les 48 heures, un tas de lettres d'autres détenus parviennent sur mon bureau, dénonçant des agissements de même nature, la même nuit, par les mêmes agents. J'ordonne une enquête approfondie.

Tous mes officiers et un adjoint entendent, en doublon, chaque plaignant (une vingtaine environ répartis sur les trois bâtiments de la détention), les font déposer par écrit et signer. Les enquêteurs contresignent. Les indices graves et concordants sont accablants. Les victimes sont les plus jeunes, les plus fragiles, les plus vulnérables. Les mineurs affirment avoir également été frappés.

Conformément aux dispositions du fameux article 40, alinéa 2 du CPP, je rends avis, documents et dossier de synthèse au procureur Durand. Les faits sont graves, ce sont même, à mon avis, les plus graves qui puissent survenir dans une prison. Une détention, dans son inconscient collectif, n'oublie jamais le caractère barbare de tels actes. Ce monde clos rumine pendant des mois, des années même, l'occasion de se venger.

L'infirmière et le surveillant de la maison centrale de Clairvaux furent égorgés par Buffet, en 1971 à cause d'un tabassage du même ordre. Des détenus tentèrent de s'évader une nuit de

1970. C'est leur droit. La « haie d'honneur punitive », dans sa violence gratuite, mutila les fautifs et rendit la détention folle furieuse.  De ceux qui connaissaient le projet d'évasion aucun n'avertit un membre de la direction. Par vengeance, les détenus se turent. En 1974 une mutinerie sans précédent pulvérisait la prison.

À Grasse, certains des agents incriminés du service de nuit exercent des responsabilités syndicales. Malheur de malheur ! Nous allons au conflit ouvert. J'indique tout ceci au procureur qui ouvre, non sans mal semble-t-il, une information judiciaire. Non sans mal ? Ce genre d'affaire remonte au parquet général qui lui-même sollicite des consignes. Hésitations... mais le magistrat insiste, prend beaucoup sur lui et obtient satisfaction. 

Trois agents sont mis en examen par le premier juge d'instruction Couton. Ils seront, plus tard condamnés, en septembre 1999, par le tribunal correctionnel de Grasse à de la prison avec sursis. J'avais pris soin, quelques mois plus tôt, de rédiger un très volumineux rapport (250 pages) indiquant que, dans la gestion des liens entre administration et syndicats, tous les prolégomènes d'une mutinerie se trouvaient déjà réunis. Restait le comburant, l'erreur de trop. C'est ce qui advint. La mutinerie éclata le 30 juillet 2001 qui détruisit une partie de cet l'établissement flambant neuf. 

Par vengeance, le 21 février 1998, quatre individus cagoulés, à bord du véhicule d'un surveillant tentent, à la sortie de Saint-Vallier, à 23 h 30, de m'assassiner. Moi, ma femme et mon fils. Par une chance inouïe, je m'en sors. J'avise le parquet et fais rapport minutieux des faits à la chancellerie. Ce document repose (si j'ose dire) dans les archives du ministère de la justice. Convoqués par la police judiciaire de Nice... le 1er avril à 15 h à la caserne Auvare de Nice, ma femme et mon fils sont, tour à tour, entendus. Du tout, il est bien sûr dressé procès-verbaux. Pourquoi sommes-nous convoqués cinq semaines après la commission de faits dont la qualification pénale est l'une des plus graves que notre code pénal réprime ?

 

Pourquoi si tard ? 

Les dépositions terminées, l'officier de police judiciaire met en balance mon silence ou l'action (un dépôt de plainte auprès parquet ou une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d'instruction) : « Vous comprenez... vous vous en êtes tirés... après tout, il n'y a aucun élément matériel... si vous portez plainte... des tapissages... des perquisitions... votre fils (13 ans) aux premières loges... avec cette récente affaire de tabassage...  le conflit syndical... vous voulez portez plainte ? Réfléchissez...»

J'ai compris. Je choisis la vertu aurifère du silence, tout comme le ministère public. Le chef de l'inspection des services pénitentiaires ne manquera toutefois pas (par téléphone), le 26 février à 16 heures 14 minutes, de me demander si, dans l'action, j'avais sorti mon arme. Non, je n'ai pas sorti mon arme. « Vous n'aviez aucune raison de le faire ! » C'est dit ! Les auteurs d'une tentative d'assassinat dorment tranquilles. Ai-je inventé ? Ai-je fomenté l'impensable avec les miens ? Non, bien sûr que non. Il suffit de lire la déposition précise d'un mineur terrifié assisté de sa mère en pleurs devant un officier de police judiciaire.

 

Conclusion :

À Villefranche-sur-Mer, je n'ai parlé à monsieur Cenci que de l'accès de fureur d'un individu définitivement condamné. J'avais déjà scotomisé ce fameux aveu de Raddad, ne retenant que les conditions qui provoquèrent le passage à l'acte du détenu : son explosion de violence pour des faits insignifiants permettant de comprendre enfin ce qu’il advint à Mougins.

 

Pourquoi si tard ?

La lecture estivale des livres de deux officiers de gendarmerie et de trois ouvrages ubuesques « prouvant l'innocence du jardinier de Mougins » a provoqué une réminiscence mémorielle. Ce ne sont pas ces deux lignes au fin fond d'un obscur commentaire qui changeront la face des choses ni ramèneront la vérité au grand jour. Face à l'opinion publique, Omar Raddad et ses supporters clameront encore et toujours sa fausse innocence. Laquelle n'est qu'un mensonge éhonté, bâti de toute pièce. Mais cela fait vendre, gonfle l'audimat et crédite les comptes bancaires de certains acteurs.

J'évoque, certes, beaucoup d'événements en réponse à la lettre ouverte de monsieur Cenci. D'aucuns pourront s'étonner ou regretter que des faits collatéraux soient révélés. Si je n'avais pas rappelé la totalité du contexte, son historique ni ses causes profondes, l'exacte perception du sujet eût été rendue moins compréhensible.

Quiconque peut se retrouver un jour incarcéré. Cela survient parfois très vite. Mais, subissant l’une des sanctions les plus pénibles qu'un être humain puisse subir – la privation de sa liberté – toute la chaîne de l'institution judiciaire lui doit un respect sans faille de la loi autant que la protection de sa dignité. C'est tout le fonctionnement des corps intermédiaires qui peut poser problème. Surtout pas de vagues ! Au cas où l'opinion publique s'en mêlerait.... L’opinion publique, dans de dossier Raddad, honteusement manipulée, doute et ne croit pas à la justice de notre pays.

Alors, dire les choses ou les taire si l'on aboutit au même résultat : le silence ? Voyez-vous, tout n'est pas si simple. Si les serviteurs de l'État voient leur crédibilité mise à mal par des béotiens beaux parleurs, c'est un renversement des valeurs qui opère.

 

Pourquoi si vrai ?

Le criminel Omar Raddad est un individu légalement condamné le 2 février 1994 par la cour d'assises des Alpes-Maritimes présidée par Armand Djian, un haut magistrat dont notre pays ne peut qu'honorer tant la rigueur, la droiture, le savoir que l'impartialité.

Voilà la seule vérité.

 

Denis Bigot

 

 

PS : J'ai répondu avec le maximum de précision, d'honnêteté et de sincérité à la lettre ouverte de monsieur Cenci. Cela dit, je ne répondrai pas, sur les faits révélés dans ma réponse à cette lettre ouverte, de quelque manière que ce soit, à aucune autre question qui me serait posée... à commencer, évidemment, par un quelconque média. Tout est dit dans ces lignes. Cet écrit n'engage, bien sûr, que ma seule et entière responsabilité.

 

Georges Cenci

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Georges Cenci Georges Cenci ·  14 janvier 2018, 18:29

Monsieur Bigot.

« C'est en effet un article intéressant à plus d'un titre car il rappelle d'abord la spontanéité de la révélation de cet aveu en octobre 2017 à la suite de la lecture par ce directeur, d'ouvrages outranciers relatifs à cette affaire. Ensuite en raison du caractère précis (agenda à l'appui) et circonstancié de la formulation et du recueil de cet aveu des motifs tant réglementaires que personnels pour lesquels ce directeur avait estimé ne pas devoir en faire part jusque-là. Il reste à souhaiter que ceux qui sont actuellement en charge des dernières péripéties du dossier aient aussi connaissance de ces révélations ». Ce qui précède m'a été transmis par un haut magistrat qui a une parfaite connaissance du dossier ; analyse que je partage.


Monsieur Bigot, j'ajouterai que votre exposé est fort instructif sur le comportement de Omar Raddad en détention et confirme tout ce que j'ai écrit sur lui notamment ses pics de colère quand on lui résiste. En témoignent l'agressivité que vous décrivez et celle que j'ai relatée envers la prostituée Fatima Baghdadi (cf. dossier de l'instruction ; pages 112 et 113 de Omar L'a tuée).
Cependant et malgré les démonstrations de culpabilité validées par les arrêts de condamnation et de confirmation (cour d'assises, cour de cassation, cour européenne des droits de l'homme) il se trouve que des individus qui ont cela en commun de n'avoir aucune connaissance du dossier s'obstinent à ne pas admettre la réalité. Rien ne fera sortir les septiques de leurs fosses !
Il est vrai que ces personnes sont formatées et robotisées depuis 1991 par la manipulation avocato-médiatique. La vérité leur file entre les doigts et ils ne font pas l'effort de la débusquer.
Avec tous mes remerciements.
Georges Cenci

Goupli Goupli ·  20 février 2018, 12:55

Bonjour Monsieur Cenci,

Tout d'abord bravo et merci pour votre site.
Je voulais signaler une erreur de date qui rend peu compréhensible la chronologie des interventions de M.Bigot. En effet son dernier mail détaillé est daté de janvier 2017 et non 2018 "Courriel reçu le 12 janvier 2017, de Denis Bigot, ancien Directeur de la Maison..."

Par ailleurs, je ne comprends pas le parallèle entre l'affaire Tron et l'affaire Raddad.
Dans l'affaire Raddad, la propagande médiatique profitait à l'accusé, il était donc logique que les avocats de la défense ne s'en indignent pas. Dans l'affaire Tron, en l'absence d'éléments tangibles, cette propagande, accusatoire cette fois, risquait de coûter cher à l'accusé. Il était donc logique que les avocats demandent le renvoi. Même si, la prochaine fois, le même parti pris accusatoire influera à nouveau sur le procès. On conviendra que les sommations des médias, dans un sens comme dans l'autre, sonnent le glas d'une justice sereine. On l'a vu dans l'affaire Sauvage...

Cordialement

Charles

Admin Admin ·  21 février 2018, 08:01

@Goupli : Erreur de date de réception de courriel reçu de la part de Denis Bigot rectifiée. Merci.

Georges Cenci Georges Cenci ·  21 février 2018, 08:43

@ Charles
Bonjour Monsieur.
Dans le dossier TRON l'avocat de la défense a demandé le renvoi au motif qu'une des plaignantes ainsi qu'une femme citée comme témoin apparaissaient dans un documentaire télévisé alors que cette dernière n'avait pas encore été entendue par la cour d'assises.
Mais, si tel est le cas, avec l'omniprésence des médias sur les lieux d'une affaire qu'ils médiatisent parfois à outrance, nombreux seraient les dossiers qui devraient suivre le même chemin que l'affaire TRON.
Avant la tenue du procès d'assises d'Omar Raddad, combien de documentaires, reportages, articles ont été diffusés ; lesquels pouvaient influer sur la décision de justice. Ce qui n'a pas été le cas. Bien sûr que les avocats de Raddad ne s'indignaient pas de la propagande en faveur de leur client car c'étaient eux qui manipulaient la presse.
Comme je l'ai écrit dans mon billet je suis convaincu que le président Djian, au caractère bien trempé, n'aurait pas renvoyé le procès TRON si cette affaire lui avait été soumise.
Là où je rejoins votre raisonnement c'est que l'omniprésence des médias pollue la quiétude des débats et effectivement comme vous le dites si bien, sonne le glas d'une justice sereine.
Très cordialement.

goupli goupli ·  21 février 2018, 21:35

J'ai une impression curieuse dont votre grande expérience pourra dire si elle contient un fond de vérité. J'ai l'impression que les magistrats, ceux qui n'ont pas le caractère bien trempé, ne peuvent plus prononcer de verdicts contraires aux injonctions médiatiques dans certaines affaires en particulier celles qui concernent les actes "racistes", les violences conjugales, les infractions sexuelles. Ou, si ils le font, ils se heurtent alors à l'indignations des médias qui semblent aujourd'hui téléguider à chaud les réformes judiciaires.

En tout cas , si la vérité avait encore la moindre importance, le mail de M.Bigot devrait être un baril de poudre dans ce panier de crabes !

Merci encore pour votre travail, courage et honnêteté

Georges Cenci Georges Cenci ·  28 février 2018, 09:31

@goupli
Bonjour.
Vous l'avez très certainement constaté, il y a dans toutes les strates de la société des hommes et des femmes courageux et des couards, des travailleurs et des fainéants, des bons et des moins bons voire des mauvais... Je les ai tous connus à un moment ou à un autre de ma longue carrière. Je dois vous avouer que j'ai plus côtoyé de courageux, de bosseurs et de bons voire de très bons que leur contraire ; qu'on oublie vite !
Je pense que rares sont les magistrats qui échappent au matraquage médiatique dans des affaires outrancièrement montées en épingle par les médias. Il est probable que certains, les moins aguerris, peuvent être influencés mais dans l'ensemble leur décision est fondée sur l'examen d'un dossier et les preuves rapportées et non pas sur les thèses partisanes des médias.
Dans l'affaire Omar Raddad, je me suis un tantinet pris de gueule avec le procureur de la République de l'époque qui, après lecture de la presse, en pleine audition du suspect, ouvrait une information judiciaire pour passer le bébé à un juge d'instruction. Courage fuyons ! C'est super n'est-ce pas pour un enquêteur ? (je l'ai évoqué dans mon ouvrage). Puis nous avons travaillé avec trois juges d'instruction très compétents. Et le procès d'assises présidé par Monsieur Armand Djian, un haut magistrat qui n'avait que faire des babillages médiatiques, a rendu un verdict de culpabilité alors qu'était attendue la reconnaissance de l'innocence de ce meurtrier. Comme quoi la Justice ne fait pas bon ménage avec la prétendue justice médiatique.
Quant au commentaire de Monsieur Bigot vous ne le trouverez pas à le Une des médias. Très médiatiquement incorrect. Il ne dépassera pas le stade de ce blog. Hélas. Mais il est là et bien là !
Très cordialement.

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