Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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TRON/RADDAD : les méthodes ambiguës de la Défense

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Les médias qui couvrent le procès devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis de Georges Tron et Brigitte Gruel pour viols et agressions sexuelles sur deux plaignantes rendaient compte à leurs lecteurs que le président de ladite cour considérant que la sérénité des débats n'étant plus assurée et ayant été mis en cause sur twitter renvoyait le dossier à une session ultérieure.

Que s'est-il donc passé ? Pour quelles raisons la cour d'assises aura cédé aux demandes de renvoi de la défense ? C'est assez rare pour être souligné.

 

Si l'on en croit les comptes-rendus d'audience c'est Me Eric Dupont-Moretti aux intérêts de son client qui aurait demandé le renvoi en raison de la diffusion sur France 2 d'un documentaire d'''Envoyé Spécial'' consacré à l'affaire à laquelle participait l'une des plaignantes ainsi qu'une femme citée comme témoin et qui n'avait pas encore été entendue par la cour d'assises. Toujours selon les médias, Me Dupont-Moretti considérait que ce documentaire portait gravement atteinte à la présomption d'innocence de son client et apparaissait susceptible d'influer largement les débats de justice.

Les avocats des parties civiles dénonçaient la déloyauté et la méthode dilatoire de la Défense et l'avocat général regrettait que Georges Tron échappe à ses responsabilités en utilisant des procédés déloyaux.

Bref Georges Tron et sa coaccusée seront jugés ultérieurement.

 

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Dans ce dossier c'est donc principalement un média qui a été la cause de ce renvoi.

Pour la circonstance, faisons un flash-back au procès d'Omar Raddad et substituons Me Dupont-Moretti à Me Vergès.

Pensez-vous que Eric Dupont-Moretti aurait fait le forcing pour que le procès de Omar Raddad soit reporté ?

Si l'avant-procès de Georges Tron peut lui paraître défavorable en raison du documentaire d’"Envoyé Spécial", celui d'Omar Raddad lui était on ne peut plus favorable puisque les médias vous le présentaient – et cela continue - comme une victime d'une erreur judiciaire, une victime des gendarmes et des juges. J'avais écrit dans mon rapport de synthèse :

« Depuis le mercredi 26 juin 1991, les médias et la presse écrite en particulier relatent régulièrement l’affaire dont il s’agit, avec forces détails et interprétations en tout genre. De plus, l’analyse des informations publiées démontre d’une façon évidente que la presse a été unilatéralement informée de l’interprétation de certains détails de cette affaire ce qui, inévitablement, marquera la mémoire des citoyens appelés à se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’Omar Raddad. En effet, pendant des mois, les hypothèses imaginaires, les interrogations, les interprétations voire les divagations de certains articles auront imprégné et marqué la mémoire des citoyens, dont certains qui feront partie du jury devront se prononcer selon leur conscience et avec impartialité. » (cf. Omar l'a tuée Vérité et manipulations d'opinions pages 50 et 51)

Je rappelle et c'est la seule fois où j'en faisais état dans un dossier criminel que j'avais annexé à la procédure sur commission rogatoire un ''pavé'' d'articles de presse que je relatais ainsi dans mon ouvrage (Omar l'a tuée pages 152 et 153) :

« La dernière pièce du volumineux dossier que je remets au juge d’instruction, le 19 avril 1992, est constituée de 201 pages d’articles de presse parus entre le 26 juin 1991 et le 10 mars 1992. Dès que les médias se sont intéressés à cette affaire, les noms des avocats de Raddad sont apparus. Mes Baudoux et Girard s’épanchaient pendant qu’inlassablement, nous agissions. Il est vrai que leur marge de manœuvre était étroite pour établir les bases de leur argumentation. Ils ont, très vite et remarquablement, initié un climat médiatique favorable à leur thèse. Maîtrisant la presse, ils instillaient le doute, laissant entrevoir l’erreur judiciaire. Ils ont facilement gagné la bataille de l’information, mais sans gloire, n’étant pas contredits par les institutions soumises aux obligations de réserve et au respect du secret de l’instruction. L’opinion publique toujours prête à s’émouvoir a pris, sans savoir, fait et cause pour Omar Raddad. »

Eric Dupont-Moretti n'aurait pas demandé le report du procès. Aurait-il considéré que les médias avaient gravement porté atteinte à la présomption d'innocence ? Bien sûr que non ! Certes, il aurait défendu son client avec plus de pugnacité que Me Vergès car celui-ci ne connaissait pas le dossier et cela n'aurait rien changé quant à la décision de culpabilité.

Pensez-vous que le président de l'époque aurait accepté ce report ? La question ne se pose pas. Le connaissant bien il aurait mis chacun à sa place et le procès se serait déroulé comme il l'avait prévu.

 

Georges Cenci

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