Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Me Henri Leclerc répète sa conviction qu'Omar Raddad est coupable.

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Cette intime et forte conviction semble surprendre le journaliste de l'Obs, Mathieu Delahousse qui nous révèle sous sa plume que Me Henri Leclerc publiait ses mémoires. ("La parole et l'action : itinéraire d'un avocat militant" aux éditions Fayard).

Le journaliste évoque le parcours de Me Henri Leclerc, un des plus illustres avocats pénalistes de sa génération à l'instar de Me Georges Kiejman.

Me Henri Leclerc a été l'avocat de la partie civile lors du procès d'Omar Raddad devant la cour d'assises de Nice. Alors que les avocats de la défense qui se sont succédé aux intérêts d'Omar Raddad péroraient devant micros et caméras, il avait choisi, sans doute à la demande de la famille de ne pas s'exprimer.

Je retranscris littéralement ce qui concerne le dossier Omar Raddad et que relate Mathieu Delahousse dans son article :

« Dans l'autobiographie du pénaliste, le jardinier marocain condamné en 1994 pour le meurtre  de sa patronne dans sa villa de Mougins (Alpes-Maritimes) tient une place à part. Henri  Leclerc nous confie qu'il « sait bien que ce chapitre va lui être reproché », lui qu'on  attendait plutôt du côté du pauvre jardinier que de la riche héritière, mais il a « voulu conserver son sang-froid » et répéter sa conviction, qu'il avait déjà exprimée, mais  jamais de façon aussi nette : Omar Raddad est coupable. Il faut bien convenir que ce constat est une stricte vérité judiciaire puisque l'accusé désigné en lettres de sang s'il a bénéficié d'une grâce présidentielle partielle, n'a jamais obtenu la révision de son procès. Omar Raddad coupable ! Il faut cependant relire deux fois une affirmation pareille pour bien la saisir, tant le nom du jardinier est associé, pour le grand public, à la notion même d'erreur judiciaire.

L'académicien Jean-Marie Rouart a consacré dix ans de sa vie à défendre son innocence, des dizaines de livres et contre-enquêtes ont été publiés, l'affaire à même pesé dans l'instauration des cours d'assises d'appel en 2000. Mais le ténor qui défendait la famille de la veuve assassinée n'en démord pas : l'innocence de Raddad serait une forme d'escroquerie.

Il s'est forgé cette conviction durant l'enquête judiciaire lors d’une reconstitution organisée par le juge d'instruction dans la chaufferie, où le corps de la victime a été retrouvé [1]. Sur une porte figure la fameuse inscription en lettres de sang avec la faute d'orthographe [« Omar m'a tuer »] ; sur une autre, la phrase est demeurée inachevée, elle se termine en traces sanguinolentes. Dès lors, n'imaginant pas qu'un faussaire, même le plus machiavélique, se soit appliqué à créer cette seconde inscription, il acquiert la « totale certitude »  que c'est bien Ghislaine Marchal qui a écrit le nom d'Omar.

Arrivé au procès, l'avocat décortique méticuleusement les arguments avancés par la partie adverse, mais, mis à part quelques « points secondaires », il ne trouve rien qui lui permette de ne pas conclure à la culpabilité du jardinier. « Le socle est inattaquable » souligne-t-il  en référence aux fameuses portes.  Le président des assises et ses jurés suivent un raisonnement identique, condamnant Omar Raddad à dix-huit ans de réclusion.

Chacun sait que l'affaire explose médiatiquement à cet instant. Le contradicteur d'Henri Leclerc, un certain Jacques Vergès, qui durant l'audience s'est montré « peu combatif », préférant préparer le « combat d'après », lance sur les marches du palais ces phrases restées célèbres : « Il y a cent ans on condamnait un jeune officier [Alfred Dreyfus NDLR ] qui avait le tort d'être juif. Aujourd’hui, on condamne un jardinier parce qu'il a le tort d'être maghrébin. »

Condamnation acquise devant le justice, perdue devant l'opinion. Henri Leclerc s'en désole sans ambages :

« C'est trop tard. Tous ceux qui s’indignent n'ont pas lu le dossier, et bien peu ont assisté au procès, mais il est impossible de lutter contre la houle médiatique quand elle se lève. »

Et l'avocat de dénoncer les « pseudo-révélations » et les « contre-enquêtes bidon » qui suivront. Son ange est-il encore présent, lorsqu’il conclut :

« Ce n'est pas parce qu'Omar Raddad est maghrébin qu'il est coupable, mais ce n'est pas non plus pour cela qu'il est innocent. Je suis encore aujourd'hui totalement convaincu de ce que j'ai dit aux jurés de Nice : c'est la malheureuse Ghislaine Marchal, frappée à mort et agonisante, qui a écrit avec son sang les messages qui accusaient Omar.»

Fallait-il rouvrir de telles passions et risquer la polémique ? Le pénaliste ne se voyait pas faire autrement. Cet été, face à son manuscrit achevé,  il est presque soulagé d'avoir livré à nouveau sa vérité tant il se sent « bouillir de colère devant cette incroyable mystification collective. Qu'on ne compte pas sur lui pour faire acte de repentance ! »

Au fond, qu'importe s'il est mal perçu par l'opinion publique. Elle a, de toute façon, souvent mal compris comment un même avocat pouvait défendre avec une passion identique les militants de la gauche révolutionnaire et DSK.

« Je n'ai voulu donner aucune leçon », écrit Henri Leclerc dans les dernières pages de son livre, mais « seulement raconter sans mélancolie ce que j'ai vécu comme avocat et militant. » Sa personnalité est trop complexe, certains diraient ombrageuse, pour qu'il s'imagine désigner des héritiers. Il fait mine de s'agacer, un peu, de ce que dans la profession on lui élève déjà une statue de commandeur, modèle indépassable pour toutes les générations. « Chacun fait avec ce qu'il est et avec ce qu'il doit être », glisse-t-il en nous laissant repartir. Les seules idées qu'il voudrait transmettre tiennent à quelques valeurs, énoncées dans ses plaidoiries. La loyauté, la fraternité : « J'ai toujours voulu ramener l'accusé dans la communauté des hommes. » Et puis l'essentiel : « J'ai préféré convaincre plutôt que plaire. »

 

[1] Il faut noter que Omar Raddad avait refusé de se rendre dans la cave (cf. procès-verbal de transport sur les lieux du 18 février 1992).

 

Source : Temps réel / Nouvel Obs

 

Georges Cenci

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