Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Roger-Marc Moreau : les méthodes d'un escroc

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Guy Hugnet, journaliste indépendant spécialisé dans les enquêtes scientifiques et les faits divers, collabore au Point et à Sciences et Avenir. Il a enquêté sur les affaires Omar Raddad et Guy Georges pour la série « Affaires Criminelles » diffusée sur NT1. Il a publié à l'Archipel un ouvrage dont je vous recommande vivement la lecture. Son titre est évocateur : OMAR M'A TUER – Affaire Raddad le vrai coupable.

Comme le livre de François Foucard, il est très médiatiquement incorrect, raison pour laquelle les médias n'en ont pas parlé... ou si peu. Il n'est pas de bon ton de désavouer les confrères qui se sont laissés manœuvrer par les propagandistes de l'avocature et les détectives qu'ils stipendiaient qui se sont illustrés dans ce dossier.
Au titre de ce billet, vous l'aurez compris, ce n'est pas de Omar Raddad dont il s'agit mais d'un personnage dont je n'ai de cesse d'attirer l'attention.
Guy Hugnet vous révèle les méthodes marginales de ce margoulin dont il faut se garder si les aléas de la vie vous font croiser sa route, si vous êtes en détresse morale, vulnérables, accablés par une perte cruelle. Vous aurez de fortes chances d'être abusés et vous en ressortirez encore plus affligés. Car Roger-Marc Moreau ne vend que du vent et ses méthodes sont celles de la délinquance en col blanc.
Je rejoins Guy Hugnet lorsque il décrit les procédés mafieux d'un escroc qui, sans scrupule, plume ceux qui lui font confiance.
Guy Hugnet, témoignages et documents inédits à l'appui, présente toutes les pièces du dossier criminel, décortique chaque scénario, débusque les mobiles de ses acteurs, démontre les manipulations... et fait tomber les masques.
Une contre-enquête qui renverse bien des idées reçues.
L'extrait qui suit est un florilège du paragraphe II de son ouvrage.
Vous ne pouvez pas évoquer l'affaire Omar Raddad sans avoir lu cet ouvrage.
Je tiens à féliciter l'auteur pour son honnêteté et son courage et intellectuels.

Le vrai coupable

II – L'ENQUÊTEUR ENQUÊTÉ
(...) C’est peu de le dire, la contre-enquête de Moreau a eu une influence considérable sur la perception du crime de Mougins par l’opinion publique. Nombreux furent les acteurs, journalistes, avocats, animateurs télé abusés par les conclusions de Moreau, qui les reprirent à leur compte – partiellement ou en totalité – ou les relayèrent dans les médias. (...)

Fin 2008, après avoir consacré un documentaire à l’affaire Raddad diffusé sur NT1 je suis passé à autre chose. Ni Moreau, ni Omar Raddad ou son avocat n’ont voulu y participer. Moreau invoquant le fait que « notre timing n’était pas en accord avec son plan média. ». Omar, joint deux fois au téléphone, n’avait pas non plus donné suite. La première fois, début septembre, nous étions en plein ramadan, il ne pouvait, disait-il, prendre une décision, il fallait attendre. Un peu plus tard, une équipe est descendue à Toulon pour l’interviewer. La rencontre a eu lieu mais pas l’interview. Omar Raddad venait de changer d’avocat. Sylvie Noachovitch était désormais chargée de porter son affaire devant la cour de révision. Nous l’avons invitée. Elle n’a pas répondu.
De mon côté, j’ai tourné la page pour me consacrer à l’affaire Guy Georges. Omar Raddad est sorti de mon esprit, le détective aussi. Ce n’est qu’en reprenant récemment le dossier en vue de ce livre que je me suis à nouveau interrogé sur ce personnage. De temps à autre, j’apercevais son regard ténébreux à la Une des médias, je l’entendais dénoncer des enquêtes bâclées, partir en guerre contre l’injustice, claironner qu’il allait s’attaquer à telle ou telle affaire. Jamais avare de confessions. « Dans la profession, expliquait-t-il à Libération, on se fond toujours dans la paysage. Sur le terrain, je suis méconnaissable ». Un jour baroudeur sur la côte, un autre camionneur, ou encore faux acheteur de Cartier à Vintimille. Il exerce « un métier d’action et d’aventure », le rêve de ses 16 ans. Il s’est confronté à de très gros intérêts, vit dangereusement, a échappé à des attentats. Je ne peux m’empêcher de lire tout ça avec un certain scepticisme. Je repense à cette inquiétude qui semble l’habiter. Qui est-il au fond ce Chevalier blanc des causes perdues ? L’idée me vient de gratter un peu. Quelques coups de fil passés dans le milieu des détectives m’apportent des réponses assez embarrassées. Le spécialiste français autoproclamé de la contre-enquête n’a pas très bonne presse. Pas d’attaque personnelle du côté de Christian Borniche, fils du célèbre policier Roger Borniche, qui a repris l’agence de recherches privées créée par son père. Mais, il me fait comprendre qu’il “a fallu faire un sacré ménage pour moraliser la profession, séparer le bon grain de l’ivraie “. Christian Borniche vise en particulier ces formations privées plus ou moins agrémentées qui fleurissent un peu partout et font payer très cher les futurs Sherlock Holmes. “C’est pourquoi nous avons créé un enseignement universitaire, avec diplôme validé par l’Etat“, poursuit Roger Borniche. Les oreilles de Moreau ont sans doute sifflé, lui qui enseigne dans l’une de ces écoles.
Je comprends vite qu’un schisme a séparé deux camps qui se détestent cordialement. Ceux qui prônent une profession réglementée, bien encadrée, agissant dans la transparence. Et de l’autre une nébuleuse de margoulins, affairistes de tout poil, agissant dans l’ombre avec des méthodes plus proches de la pègre que d’une police officieuse.
Je comprends vite aussi que mes interlocuteurs classent Moreau dans cette deuxième catégorie. L’un d’entre eux qui a suivi des cours à l’école où enseigne Moreau me raconte son désarroi. « Lorsque je me suis inscrit au cours de la police nationale, j’ai parlé de Moreau comme d’un privé de référence. On m’a ri au nez. Pour eux, c’était un charlatan, un fumiste qui enrhumait tout le monde. Je tombais des nues ». Un autre voit en lui : « un requin qui rôde autour des procès et promet à des gens dans la détresse des résultats extraordinaires ».
Bon d’accord ! Mais concrètement que lui reproche-t-on ? On me répond par des : “ Grattez un peu“ ou “ si vous cherchez, vous trouverez“. Des formules toutes faites qui ne m’avancent pas d’un pouce. C’est alors que quelqu’un, au cours d’une conversation, murmure cette phrase sibylline :
- Cherchez donc en 1976.
- 1976 ? répété-je.
- Je ne vous en dirai pas plus, conclut-il en raccrochant.
Diable, qu’a-t-il bien pu se passer cette année-là ? Je remue tout ça, pose quelques questions à droite et à gauche, sans résultat. J’en conclus qu’on me mène en bateau. Je m’apprête à laisser tomber lorsque l’un des filets que j’ai lancés ramène un poisson, un gros poisson. Sous forme d’un article paru le 13 avril 1977 dans Le Bien Public, quotidien de la Côte d’Or. Le titre me saute aux yeux : “ Un détective privé beaunois condamné pour extorsion de fonds par le tribunal de Dijon“. Incroyable, il s’agit de Moreau, le chevalier blanc.
Originaire de la région de Dijon, le sémillant détective a toujours déclaré à qui voulait l’entendre, qu’il avait mené des études de droit en vue de devenir magistrat. Et puis, la vocation de détective l’ayant appelé, il n’avait pu y résister. Les études de droit, à voir... La vocation de détective, c’est certain. Il n’a pas dix-neuf ans qu’il se prend déjà pour Colombo. Illégalement ! Au tribunal, il explique que le fait d’acquitter la taxe professionnelle serait la seule formalité à accomplir pour être détective privé. Mais le problème vient surtout des méthodes qu’il emploie : expéditives !
L’histoire est la suivante. Une femme de Dijon dont le fils est mort dans des conditions à la fois louches et dramatiques - carbonisé au volant de sa voiture - fait appel au déjà fringant Moreau pour trouver des indices, des témoins, voire des coupables. L’enquête de gendarmerie n’a pas abouti, mais des éléments nouveaux permettraient de rouvrir le dossier. Pour cela, la famille verse une coquette somme au détective.
Moreau se rend au domicile d’une femme qui a connu le jeune homme et qu’il soupçonne d’être mêlée à l’affaire. Il est accompagné d’une amie et prend, écrit le journal, « la précaution, avant de se présenter, de se grimer : fausse moustache et lunettes de soleil ». Son but est de se livrer à un chantage pour obtenir des renseignements. « Il se fait donc passer pour un jeune voyou sorti de prison et indique à son interlocutrice qu’un certain X, ami de la jeune femme et du défunt lui aurait fait des révélations, lui disant en particulier qu’elle savait quelque chose sur l’affaire ». Moreau, qui a un couteau à cran d’arrêt dans sa poche, se fait plus explicite : « je garderai le silence à condition que vous me serviez une somme de 2000 francs ». Il repart dans un crissement de pneus.
La jeune femme prévient aussitôt les gendarmes. Le temps d’être cueilli, Moreau ne chôme pas. Il envoie deux lettres anonymes, l’une à la jeune femme, l’autre à son mari, dans lesquelles il menace de les dénoncer à la police pour complicité de meurtre. Quand on l’appréhende, on trouve sur lui une fausse carte professionnelle - barrée tricolore - qu’il s’est fabriqué de toutes pièces. Direction la maison d’arrêt de Dijon.
Au procès, nullement démonté, il explique qu’il a le “feu sacré“ pour cette profession. À la barre, il s’évertue de donner de lui-même une image sympathique, ainsi que du métier qu’il a choisi d’exercer par amour. « Bouffi d’orgueil, a répliqué le substitut, il a voulu se croire supérieur à toutes les polices, il a prétendu qu’il visait un haut intérêt, celui de la justice. Mais quelle autorité pouvait sortir des procédés qu’il utilisait, du chantage, des mensonges, des guet-apens et des traquenards ? » Le 12 avril 1977, le tribunal correctionnel de Dijon rendait sa décision : six mois d’emprisonnement avec sursis et 1000 francs d’amende pour tentative d’extorsion de fonds et port d’arme prohibé. La peine sera réduite à deux mois de prison en appel (1).
Une erreur de jeunesse ? Rien n’est moins sûr. Le 2 décembre 2008, la Commission Nationale de Déontologie et de la Sécurité (CNDS) est saisie par M. Patrick Labaune, député de la Drôme, des manquements à la déontologie dont se serait rendu coupable M. Roger-Marc Moreau en sa qualité d’enquêteur privé. Créée en 2000, la Commission se définit comme une autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect de la déontologie des personnes exerçant, sur le territoire de la République, des activités de sécurité : police, gendarmerie nationale, douanes…
Les amateurs de faits divers se souviennent sans doute de l’affaire Dany Leprince qui s’est déroulée le 5 septembre 1994, dans la Sarthe. Ce jour-là, la police découvre les corps de Christian Leprince, de sa femme et de deux de leurs fillettes, sauvagement assassinés à leur domicile. Un des enfants, une petite fille de 2 ans, échappa miraculeusement au massacre.
Dany Leprince, le frère de Christian, voisin de celui-ci, se voit accusé par sa femme et leur fille aînée d’être l’auteur des crimes. Dans un premier temps, Dany Leprince avoue puis se rétracte avant de nier en bloc. Sa femme, dit-il, a fait un faux témoignage. En réalité, elle serait l'auteur des faits.
En 1997, Dany Leprince est condamné pour le quadruple assassinat à une peine de réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Pour la famille, aucun doute, il s’agit d’une erreur judiciaire. Moreau se voit mandaté par cette même famille pour mener la contre-enquête en vue d’obtenir une révision. À cet effet, il reçoit 18 000 euros. Une somme importante que la mère de Dany Leprince a dû emprunter. Qu’offre-t-il en échange ?
La Commission écrit que son dossier de contre-enquête ne comporte que « quatre maigres pages faisant état de six auditions non signées et de surcroît sans intérêt par rapport à celles figurant dans le dossier d’instruction ». Qui plus est, « le dossier ne comportait pas davantage de précision utile sur le lieu du crime et ses abords immédiats. » En 2007, Dany Leprince dépose une plainte pour abus de confiance à l’encontre de Moreau. Selon lui, le détective exerce de façon illégale la profession. Il n’est pas muni de l’agrément préfectoral exigé par les textes se rapportant à cette activité.
La Commission, elle, parle de « violation flagrante de l’obligation de loyauté », de « diffusion d’informations transmises ou recueillies à titre confidentiel ». Elle conclut que Moreau « s’est incontestablement rendu coupable d’un manquement à la déontologie professionnelle. » Concernant le droit d’exercer, elle précise que le principal établissement de Moreau étant situé à Chalon-sur-Saône, un agrément de la préfecture de ce département est nécessaire en même temps qu’une simple autorisation pour chaque bureau secondaire, Lyon et Paris en l’occurrence. Or, le 11 mars 2009, jour de son audition par la commission, Moreau « a déclaré ne pas être muni de cet agrément ». « En méconnaissant cette règle élémentaire de la profession, l’intéressé s’est donc rendu coupable d’un comportement constitutif d’un manquement déontologique et, le cas échéant d’un délit pénal ». Rien de moins !
Dans un courrier adressé le 17 novembre 2009 au secrétaire général de la Commission, le procureur de la République de Chalon-sur-Saône précise que Moreau dispose d’un agrément pour exercer l’activité professionnelle d’agents de recherche d’agents privés depuis... le 30 avril 2009. Agrément valable pour l’établissement de Chalon mais non pour celui de Paris et de Lyon. Contactées, les préfectures de ces deux villes ont confirmé que Moreau ne disposait pas d’un tel agrément. En témoigne ce mail du 28 janvier 2001 qui m’a été adressé par la préfecture de Paris. « Monsieur, en réponse à votre demande d'information, M. Roger-Marc Moreau n'est pas autorisé sur Paris à exercer l'activité d'agent de recherche privée (2).
Dans son courrier, le procureur de Chalon lançait également ce pavé dans la mare : « le Tribunal de Grande Instance de Chalon-sur-Saône a déjà eu à statuer sur des plaintes déposées à l’encontre de cette personne ». De quelles plaintes s’agit-il ? Celle de 1976 ou d’autres ? Tirons sur ce nouveau fil.
Moreau a toujours déclaré que l’affaire Omar Raddad ne lui rapportait pas un centime. Difficile à vérifier. Sachant qu’il se paye largement en buzz médiatique, on veut cependant bien le croire. Une chose est sûre, l’argent ne rentre pas dans les caisses. Pour preuve, les nombreuses casseroles qu’il traîne derrière lui.
En avril et mai 2006, le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Chalon saisi par l’Urssaf, le Trésor et le service des Impôts des Entreprises, prononçait la liquidation judiciaire de Roger-Marc Moreau. Au total, le montant total des créances déclarées s’élevait à plus de 275 000 euros. L’Urssaf considère que Moreau l’a « trompé en employant des manœuvres frauduleuses » en organisant depuis « 15 années son insolvabilité ». Le détective ayant fait appel, la cour d’appel de Dijon ouvrait en 2007 une procédure de redressement judiciaire. Moreau se trouve dans l’obligation de rembourser 25 000 euros par an. On comprend que, dans cette perspective, il facture au prix fort : 18 500 euros pour six auditions inconsistantes !
D’autres créanciers ont obtenu d’être placés en liste d’attente. C’est le cas de M. Alain G. qui, en septembre 2006, a déposé plainte pour escroquerie et abus de confiance. En 2002, cet homme a perdu son fils dans des conditions épouvantables. Il demande à Moreau d’effectuer une contre-enquête. Celui-ci empoche un chèque de 3 811 euros et disparaît de la circulation. Le 14 avril 2009, devant la chambre civile du TGI de Chalon, l’avocat de Moreau fait valoir que son client « n’a jamais signé aucun document contractuel concernant cette affaire et qu’il a de surcroît restitué la somme perçue. » Il rejette donc la créance. Mais le tribunal ne l’entend pas tout à fait de cette oreille. Moreau, qui ne conteste pas l’encaissement du chèque établi à son ordre, soutient avoir restitué la somme. Le tribunal note qu’il n’est « cependant pas en mesure de justifier de la réalité de cette restitution, dont la charge lui incombe par application de l’article 1315, alinéa deuxième du Code civil ».
Au final, la créance est admise au passif. Pour l’instant, M. Alain G. n’a revu qu’une petite partie de la couleur de l’argent. D’autres n’ont pas cette chance ! En 2005, après la mort de leur fils dans des conditions douteuses, un couple breton fait appel à ses services. Il attend toujours la restitution des 8 000 euros versés sans que l’ombre d’une parcelle d’enquête n’ait été menée.

Combien sont-ils, dans la détresse, vulnérables, anéantis par la disparition ou la mise en accusation d’un être cher à se faire plumer par ces escrocs à la petite semaine qui rôdent comme des vautours autour de la chair fraîche ? Impossible de répondre à cette question. Il n’existe pas de statistiques. La liste est probablement longue.
(...) Dans l’affaire Dany Leprince, Moreau commence son « enquête » le 9 juin 2005 à 16 heures 15 et la termine le lendemain à 18 h 45. Ultra rapide ! Un vrai Superman. Certaines auditions, effectuées à plusieurs kilomètres de distance, ont lieu à la même heure. Au total six audits dont certaines comportent de graves inexactitudes. D’où la plainte pour escroquerie déposée par Dany Leprince.
Ces auditions jettent un éclairage saisissant sur la façon de procéder de Moreau. Il recueille des témoignages, mais les intéressés ne les signent pas. Ils n’ont donc strictement aucune valeur juridique. Dans l’affaire Raddad, il a utilisé la même méthode. Les documents en ma possession, soit l’ensemble des auditions, ne sont pas signés. C’est du vent, du flanc, de la manipulation pure et simple.
Avec de tels procédés, on peut faire dire ce qu’on veut à qui l’on veut. Prenons l’exemple de Paolo Cortès Mateo. Il ne baragouine que quelques mots de français. Les gendarmes, qui l’ont auditionné lors de la pseudo-découverte de l’arme du crime dans les rochers, ont dû faire appel à un interprète pour comprendre ses propos. Pourtant Moreau les retranscrit clairs comme de l’eau de roche, à charge contre la femme de ménage, son ex-compagne. « Je la soupçonne d’être complice du meurtre de sa patronne et d’avoir fait endosser le forfait au jardinier ».
L’ensemble des témoignages, par une sorte de glissement progressif, vise à accréditer la thèse de la culpabilité de Pierrot le Fou et de sa supposée complice Mme Receveau. Des méthodes dignes de la mafia. Pour les besoins de la cause, la femme de ménage devient cuisinière puis on trouve des témoins qui attestent qu’elle travaillait les week-ends. Sans jamais fournir l’ombre d’une preuve. Moreau procède par allusions qu’il place dans la bouche des uns et des autres. La femme de ménage aurait subi des opérations chirurgicales esthétiques après le crime. Sous-entendue, elle a touché beaucoup de l’argent. On voit le lien avec le crime. Qui raconte cela ? Un obscur patron d’un misérable rade de la banlieue de Cannes. Où sont les preuves, les factures, les attestations recueillies par Moreau ? Aucune. Le patron de l’entreprise qui employait Frédéric F., le supposé complice toxicomane de Pierrot le Fou, explique qu’à l’époque des faits la voiture de fonction de ce dernier étant en panne, il « a pu utiliser le 4 X 4 de la société ». C’est facile à vérifier. Il existe des registres. Aucune recherche n’a été menée.
Tout le reste est à l’avenant. Le summum étant atteint avec le témoignage présenté comme décisif de Salem El Aouer. Comparons la version donnée par celui-ci aux gendarmes le 26 juin 1991, deux jours après la découverte du cadavre, et l’histoire réécrite par Moreau le 02 octobre 1998. Un pur chef d’œuvre de falsification. L’objectif est d’accréditer la thèse de la présence de la femme de ménage sur les lieux du crime.
C’est essentiel sinon tout le reste de l’échafaudage s’écroule.
On se souvient que Fabrice Ammeux, le premier ouvrier, a déclaré avoir vu le lundi matin une femme arriver dans une R5, appeler au portail et klaxonner. Mme Serin sans aucun doute. Salem El Aouer déclare lui aussi avoir entendu quelqu’un sonner au portail de La Chamade. Mais, d’une part, il se souvient, non pas d’une femme, mais d’un homme blond d’environ 35 ans ; d’autre part, il dit avoir entendu une dame crier de l’intérieur de la propriété : Qui est là ?
Que sait-on avec certitude des allées et venues à la Chamade, ce lundi 24 juin ? Il est acquis que Mme Serin arrive vers 11H30. C’est une femme blonde. D’où, sans doute, la confusion de M. El Aouer occupé à ce moment-là à la bétonnière. Après avoir appuyé en vain sur l’interphone, elle lance des appels par-dessus le portail. « Ghislaine, Es-tu là ? » ou quelque chose dans ce genre. Probable qu’avec le bruit de la bétonnière l’ouvrier tunisien n’a pas pu entendre les mots exacts prononcés par Mme Serin.
M. El Aouer précise que le jeune homme conduisait une « Volvo rouge ressemblant à une Land Rover ». Or, dans l’après-midi, le docteur Delemotte est venu dans son 4 X 4 Niva Lada rouge. Et Mme Koster possède une Volvo.
Toujours selon son audition devant les gendarmes, « l’après midi deux dames sont entrées dans la propriété ». C’est tout à fait exact. Mme Pascal et Mme Jacquot sont à la Chamade, accompagnées de l’homme de la société de surveillance. Donc, ce témoignage ne révèle rien de bien extraordinaire. On note seulement des erreurs d’appréciation – homme blond / femme blonde, “es-tu là ?“/“qui est là ?“, Lada rouge/Land Rover rouge - liées à la situation d’un homme occupé à travailler à côté d’une machine bruyante.
Voyons maintenant la même histoire réécrite par Moreau et qui a besoin de faire entrer la femme de ménage dans le tableau. Dans la nouvelle version, dont El Aouer n’avait jamais parlé auparavant, elle arrive comme par enchantement « aux alentours de 9H15 » – ce qui correspond à peu près à son heure habituelle d’embauche. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, Salem El Aouer/Moreau en fait une description assez précise : « C’était une personne d’environ 35/40 ans, elle avait des cheveux couleur jaune un peu gris ». Et pour enfoncer le clou, il explique un peu plus loin que c’est bien la femme qu’il a pu voir le vendredi précédent à la Chamade. Il ajoute même qu’elle ressemble à la femme sur la photo que lui présente le détective. Celle de Mme Receveau.
Quant au jeune homme blond, on le retrouve derrière le volant du 4 X 4 - qui n’est plus rouge mais noir – stationné dans la cour. M. El Aouer « n’a pu voir son profil ». Mais, chose extraordinaire, ne distinguant que sa nuque, il a quand même pu remarquer qu’il « avait une trentaine d’années, ses cheveux étaient clairs et il portait des lunettes de soleil ». Tout le portrait de Frédéric H. le complice présumé de Pierrot le Fou.
Nous sommes là face à une mascarade, une escroquerie de grande envergure. L’entreprise d’un malfrat qui implique des petites gens ou un pauvre bougre alcoolique sans moyen de riposte. En aucun cas la femme de ménage, à qui sa patronne avait donné congé, n’était présente sur les lieux. Elle n’a donc pu ouvrir le portail à deux guignols qui, non content de massacrer Mme Marchal pour des raisons que l’on ignore, auraient pris sa main pour la forcer à écrire deux fois avec son propre sang le nom d’un faux coupable, Omar en l’occurrence, sans oublier de lui faire commettre une faute d’orthographe. Tout cela, avant de concevoir un scénario pour film noir qui consiste à laisser croire que la porte de la cave a été fermée de l’intérieur par la victime alors qu’elle l’a été de l’extérieur par un savant dispositif. Question imagination, Moreau est un champion. Pour fermer la porte, explique-t-il, « il suffit de se munir de simples sangles. L'assassin a dû avoir le temps de s'équiper. Si l'on met le lit de camp derrière la porte, et que l'on appuie la barre de fer contre l'armature, rien n'empêche de contourner l'ensemble avec la sangle ou la ficelle. Les bouts doivent alors être posés au sol de manière que la porte puisse être fermée sans inconvénient (3). » Ben voyons !
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Encore une fois qui peut avaler un bobard pareil ? (...)

(1) - Le 5 octobre 1997 devant la Cour d’appel de Dijon.
(2) - Jean-Claude MA, 
Adjoint Administratif, 

Préfecture de Police
, Direction de la Police Générale, 
Sous Direction de la Citoyenneté et des Libertés Publiques
, 4ème Bureau - Section Sécurité Privée ; 
Tél. : 01.55.76.25.21 / Fax. : 01.55.76.27.07.
(3) - Roger-Marc Moreau, Christophe Deloire : Omar Raddad, Contre-enquête pour la révision d’un procès manipulé, Raymond Castells, 1998.


Georges Cenci

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Véronique Véronique ·  13 février 2017, 23:13

Omar Raddad. Le majeur manquant sur la main de Mme marschal aurait- il pu permettre d'écrire le message sanglant ???
Plus aisé que de la forcer à écrire elle-même. Peut- être une personne de petite corpulence qui a choisi la facilité.
Je te crois innocent, n'importe quel étranger peut fauter dans l'orthographe d'un verbe.

mimievanille mimievanille ·  27 février 2017, 14:27

Madame Marchal était droitière, et la section de son majeur se trouvait sur la main gauche, donc oui cela na pas empeché cette femme d'écrire...

Georges Cenci Georges Cenci ·  28 février 2017, 08:21

@ Véronique.
Madame Marchal était droitière. Si vous aviez été plus attentive aux informations de ce blog vous auriez constaté que c'est un doigt de la main gauche qui a été partiellement sectionné.
Bien à vous.

Camel Camel ·  18 avril 2017, 09:46

Monsieur Raddad aurait déposé la clé (de la cave) sous le taille-haie (avant de s'en aller) dans la remise des outils de jardinage..

Pouvez-vous confirmer ?

Peut-être fourbe, mais pas très intelligent Raddad: Du taille-haie au jardinier Omar...

Alors que, bien-sûr, il suffisait de les déposer sur une table d'une pièce de réception pour s'éloigner du jardin.

Cordialement.

Camel Camel ·  18 avril 2017, 09:53

N'y avait-il dans ce sous-sol aucune autre issue possible pour un tiers, qui aurait barricadé la porte de l'intérieur ?

Quitte à se livrer à quelques "travaux" (travaux entre guillemets, du genre trois clous à planter sur une trappe, quatre vis) de réparation une fois dehors -madame Livet soutient que des ouvertures avaient été pratiquées dans le cellier récemment.

Ce cellier, il n'a pas l'air d'intéresser beaucoup de monde...

Des photographies (si vous en possédez) de toutes issues possibles (et du cellier) seraient les bienvenues.

Cordialement.

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