Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Il faut s'interroger sur le rôle des médias

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Courriel reçu le 14 janvier 2014 de "Coincoin"

Monsieur
je me rends de temps en temps sur votre blog et en le lisant je me rends compte que vous avez à cœur de défendre l'excellent travail que vous avez réalisé dans le cadre de cette enquête.
Je pense qu'il faut s'interroger sur le rôle des médias.
Pour ma part, je considère que les journalistes racontent à peu près n'importe quoi dans le cas d'affaires criminelles. Certaines affaires très médiatiques sont encore présentes pour nous le rappeler. L'affaire Grégory, l’affaire Ranucci, plus près de nous les affaires de Chevaline et de Ligonnès et j'en passe.
Alors que les enquêteurs doivent appliquer des procédures très strictes faisant l'objet de PV signés et contresignés, les journalistes entrouvrent les portes font parler des témoins naïfs ou imbus, je ne parle pas des journalistes de plateau qui se contentent de recopier des dépêches d'agence et de les assaisonner selon leur bon vouloir en usant de toutes sortes de raccourcis. Il faut bien vendre du papier... Il serait intéressant de développer une réflexion sur les contre vérités des médias sur les affaires en général et sur cette affaire en particulier.
Au plaisir.

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Bonjour.
Notre travail sur ce dossier criminel a été réalisé à partir des règles édictées par le Code civil et le Code de procédure pénale. Comme pour toutes les enquêtes criminelles ! Nous y sommes soumis alors que la presse n'est assujettie qu'au Dieu Audimat. Vendre du sensationnel à tout prix peu importe si on dénature les faits, peu importe si l'on sali des personnes !

J’écrivais dans mon rapport de synthèse :
«Depuis le mercredi 26 juin 1991, les médias et la presse écrite en particulier relatent régulièrement l’affaire dont il s’agit, avec forces détails et interprétations en tout genre. De plus, l’analyse des informations publiées démontre d’une façon évidente que la presse a été unilatéralement informée de l’interprétation de certains détails de cette affaire ce qui, inévitablement, marquera la mémoire des citoyens appelés à se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’Omar Raddad. En effet, pendant des mois, les hypothèses imaginaires, les interrogations, les interprétations voire les divagations de certains articles auront imprégné et marqué la mémoire des citoyens, dont certains qui feront partie du jury devront se prononcer selon leur conscience et avec impartialité.»

J'ai, pour la seule fois de ma carrière, acté dans la procédure sur commission rogatoire, une pièce assez significative démontrant les manipulations médiatiques de la presse écrite (le prisme télévisuel était du même acabit).

Comme je l'ai relaté dans "OMAR L'A TUEE – vérité et manipulations d'opinions" :
«La dernière pièce du volumineux dossier que je remettais au juge d’instruction, le 19 avril 1992, était constituée de 201 pages d’articles de presse parus entre le 26 juin 1991 et le 10 mars 1992.
Dès que les médias se sont intéressés à cette affaire, les noms des avocats de Raddad sont apparus. Mes Baudoux et Girard s’épanchaient pendant qu’inlassablement, nous agissions. Il est vrai que leur marge de manœuvre était étroite pour établir les bases de leur argumentation. Ils ont, très vite et remarquablement, initié un climat médiatique favorable à leur thèse. Maîtrisant la presse, ils instillaient le doute, laissant entrevoir l’erreur judiciaire. Ils ont facilement gagné la bataille de l’information, mais sans gloire, n’étant pas contredits par les institutions soumises aux obligations de réserve et au respect du secret de l’instruction. L’opinion publique toujours prête à s’émouvoir a pris, sans savoir, fait et cause pour Omar Raddad.
Onze ans après, vous n’avez pas changé d’avis. Pourtant, vous avez été manipulés, et encore aujourd’hui tout est fait pour que vous ne changiez pas d’opinion. Lorsqu’on connaît le dossier, les flagrants délits de contrevérités ne manquent pas, mais ils font partie de la règle du jeu, et je l’admets, d’une stratégie de défense que je conçois. Telle est l’ambiance dans laquelle nous avons poursuivi les investigations, inlassablement, inexorablement et sans faillir. Mais vous ne retiendrez qu’une chose : cette enquête a été bâclée, mal ficelée, truquée et tronquée. En quelque sorte, nous, gendarmes et magistrats, avions trouvé le coupable idéal et l’avons accablé ! Pensez-vous que nous ayons vocation à créer un suspect, que cela soit dans notre code de déontologie ?»

Lors de l'enquête, nous avons croisé des curieux morbides – vous en trouvez partout de ces charognards attirés par le sang – mais aussi des journalistes et des photographes ; certains venus de loin, parfois de l’étranger, comme celui qui avait osé me proposer une forte somme d’argent contre des photographies de Mme Marchal !
Ils ne reculent devant rien pour faire du sensationnel !

Certains témoins de la famille, que nous avions entendus à Paris, nous déclaraient être choqués voire outrés des déviances médiatiques et du côté "fouille-merde" de petits journalistes qui se sont occupé de cette affaire. Certaines allusions les ont bouleversés ; l’appât du scandale, le côté tragique, la prétendue milliardaire tuée par un arabe, le scoop, la recherche du sensationnel. Il s’interrogeaient sur le fait que, régulièrement, des journaux à grand tirage diffusaient des informations manifestement dans le sens de la déculpabilisation du meurtrier présumé, alors que d’un autre côté les demandes de mise en liberté provisoire étaient régulièrement rejetées ; ce qui avait tendance à prouver, déclaraient-ils, que les charges retenues étaient importantes. Un de ces témoins concluait : «Je crois que nous vivons là malheureusement une affaire où l’indépendance de la justice risque d’être entravée par la pression des médias».

Un haut magistrat dans l'introduction de son intervention devant un parterre de sommités déclarait :
«Les rapports des Médias et de la Justice sont généralement normaux et corrects dans la vie quotidienne, lorsque chacun respecte le travail de l’autre et ne cherche pas à interférer lourdement dans son rôle. Mais, pour certaines affaires hyper-médiatisées il est donné libre cours à des emballements et à des dérives regrettables et dangereuses autant pour l’indépendance nécessaire de la Justice que pour la fiabilité et la crédibilité de professionnels de l’Information.
Les libertés d’expression et de la presse n’excluent pas le respect d’une déontologie que préconisent d’ailleurs et que pratiquent d’excellents chroniqueurs judiciaires.
Les abus et dérives prennent des formes et obéissent à des méthodes diverses : désinformation, manipulation d’opinion publique, rétention d’informations, divulgation de fausses nouvelles, propagation de rumeurs ou de calomnies, diffamation … Leur objet, affiché ou non, est parfois de faire pression, à travers des opinions publiques conditionnées, sur les juges populaires ou professionnels, de discréditer les institutions ou ceux qui en font partie. Les manipulateurs peuvent être des justiciables ou des professionnels directement ou indirectement intéressés aux résultats des procès, ou encore des lobbies ou des groupes de pression se qualifiant «comités de soutien».
Leurs pratiques d’indignations systématiques et sélectives sont dénoncées de toute part : par des journalistes eux-mêmes : Philippe Péan, Bernard Violet, Dominique Schneidermann, Sophie Coignard, Laurence Lacour, Alain Hertoghe... ; par des magistrats tels que Mme Simone Rozès (ancien Premier Président de la Cour de Cassation ), M. André Giresse (ancien président de la Cour d’assises de Paris), M. Philippe Bilger (Avocat général honoraire à la Cour d’assises de Paris), Gilbert Thiel (juge d’instruction affecté à la section antiterroriste de Paris) et tant d’autres qui ont décidé, devant la montée des abus, de s’exprimer par la voie du livre ; par des scientifiques, tel Georges Charpak (prix Nobel de physique et physicien au CERN ; par des avocats qui ont subi les effets nocifs de ces pratiques soit eux-mêmes soit à travers leurs clients (tels Me Paul Lombard, Me Henri-René Garaud) ou encore ceux, tel Me Dominique Inchauspé, qui observent et analysent, à travers l’histoire judiciaire, la légèreté, la précipitation et la suffisance de certains « intellectuels » fourvoyés dans de pâles tentatives d’imitation de Zola ; par des enquêteurs, lassés de servir de cibles silencieuses aux détracteurs sans scrupules de leur conscience professionnelle et de leur travail de constatation, de recherche et d’investigation (Ce haut magistrat me citait en ma qualité de directeur d’enquête pour l’affaire du meurtre de Mme Marchal). C’est Me Henri-René Garaud qui, dans un livre autobiographique, ajoutait, après quelques réflexions sur l’évolution des professions judiciaires, ceci qui mériterait peut-être que l’on y pense quelquefois : « …il faut une belle force d’âme, un grand courage et une grande indépendance d’esprit pour oser, en conscience, rendre des arrêts ou des jugements qui sont en contradiction avec ce qu’ attendent les médias, une opinion souvent manipulée ou certains lobbies…».

Mais que penser des journaleux opportunistes tel Eve Livet qui publiait un ouvrage sans jamais avoir assisté au procès, co-auteur, avec Saad Salman, d'un documentaire discréditant l'enquête et le procès d'assises et opportunément diffusé sur Canal+ juste avant la demande en révision (dont on connaît le résultat !)
Et vous avez des benêts naïfs qui font de cet ouvrage leur livre de chevet. Des amis m'ont fait observer qu'ils répandent sur d'autres sites leurs élucubrations névrotiques obsessionnelles. Pauvres gens !
Et que penser de ces journalistes qui n'osent pas dire tout haut ce qu'ils déclarent tout bas ! Solidarité journalistique oblige, toutes obédiences confondues !
Pour conclure, vous devriez lire ces articles publiés sur ce blog : "les dérives médiatiques racontées par un ancien du Figaro" ; "Quand les mythologies s'effondrent" ; "Omar Raddad innocent c'est du cinéma" et "La désinformation".

Merci de votre intervention.

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

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