Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Journaleux, va !

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Article de Samuel Huet. Publié le 10 décembre 2013.

Voici deux ans, j'avais cru que le médiocre film consacré à la louange du condamné Raddad (film n'ayant connu aucun succès, ainsi va la justice immanente) mettrait un terme aux manigances de toutes sortes destinées à faire d'un coupable avéré un innocent transi. J'écrivais alors, "Encore une erreur judiciaire, une !"

Mais je faisais preuve de naïveté. Car samedi dernier (7 décembre) à 20 heures 45 sur NT1, une dénommée Magali Lunel a remis le couvert, prétendant "aller au fond des choses" (rien que cela) et "refaire l'enquête"'... en 40 minutes. Les cons ça ose tout, il faut sans cesse revenir à Audiard. Bien. Après tout, pourquoi ne pas faire la pige à L'Heure du crime, de RTL ? Le public, dit-on, adore renifler le sang, surtout quand il est bien calé dans son fauteuil. Mais il faut dire halte là quand on se trouve face à une manipulation éhontée, comme celle exposée par ces Chroniques criminelles''. Et rectifier inlassablement, au prix de redites parfois, les tombereaux d'approximations et de contre-vérités déversés devant le téléspectateur ignare et passif.
Qu'il me suffise, pour commencer, de rappeler qu'à la suite de la découverte d'une vieille dame égorgée (entre autres atteintes) dans sa chaufferie, un jeune gendarme, alors adjudant-chef de la Brigade de Recherche de Cannes, fut désigné par la Justice comme directeur de l’enquête immédiatement ouverte. Et ce gendarme, sans le savoir peut-être, se mua dès lors en héros cornélien :

"Son sang sur la poussière écrivit mon devoir" (Le Cid, II, VIII)

et n'eut de cesse d'élucider ce crime crapuleux. Avec méthode, et scrupuleusement. Mais la vérité indubitable qu'il mit au jour ne plut pas à tout le monde, en particulier aux avocats dont la chimérique poursuite de l'erreur judiciaire est le fond de commerce. Alors, il resta à salir l'institution...

Je viens de mentionner les avocats, et les gendarmes : dans le salmigondis de l'émission dont il est question, j'ai vu beaucoup d'avocats, et pas un seul gendarme (ou bien, me serais-je endormi ?) ; point n'est besoin d'être grand clerc pour comprendre que la cause, dès le départ, était entendue, et tout entière comprise dans le point d'interrogation sertissant la question initiale : le jardinier est-il le vrai coupable ? Dès l'abord, la réponse de ces spécialistes du fond des choses, allait de soi... Mais pour enfoncer le clou les réalisateurs ne nous épargnèrent aucun effet, depuis le "long calvaire judiciaire" (le calvaire de l'infortunée Madame Marchal, il est vrai, n'a duré qu'une demi-heure, à peine) de ce pauvre jardinier qui "aujourd'hui encore, clame son innocence" (de profundis ad te clamavi, pendant qu'on y est), jusqu'à "l'incomplétude et aux failles de l'enquête", sans oublier le "manque de pertinence des investigations initiales" (tiens, j'ai été étonné, on n'a pas eu droit à la scie de l'enquête "bâclée" - mais c'est tout comme).

Pourtant, on a parfois frôlé la vérité ; ainsi lorsqu'il fut question - au début - d'un homme "rongé par une addiction aux jeux d'argent" (au passage, on oublia pieusement une autre addiction, qui lui vaudrait, de nos jours, une amende salée - et peut-être même une peine de prison). Et puis patatras, vers la fin de l'émission, la même addiction est reprise, mais sur le mode hypothétique cette fois : c'est ce que l'on nomme "refaire l'enquête", sans prendre appui une seule seconde sur l'enquête de gendarmerie. Ce qui constitue un rare exploit de démagogie, de suffisance et d'insuffisance : bref de manipulation malhonnête.

Moi qui ne suis pas Capitaine (comme dit Brassens), j'ai tout de même remarqué que, mine de rien, l'individu parle très correctement le français (sa femme beaucoup mieux que lui, curieusement), alors pourquoi ses défenseurs aux Assises ont-ils exigé la présence d'un interprète, sinon pour tenter d'alourdir les débats, et de noyer le poisson - domaine dans lequel ils excellent, il convient de le reconnaître ?
Donc il parle, et même il nous parle : "il ne faut pas laisser la justice faire des choses pareilles" dit-il par exemple à sa sortie de prison. Moi, je serais tenté de paraphraser quelqu'un : "Que Messieurs les assassins commencent !" Et le voilà qui pleure, qui pleure, qui se mouche et la caméra s'attarde sur ces images sulpiciennes, afin, justement, de faire pleurer dans les chaumières : comediante !
Et puis, je me suis amusé à imaginer les deux avocats "poids lourds" qui se sont exprimés (Leclerc-Vergès) en inversant leurs rôles : certes, Me Leclerc n'aurait pas commis l'abomination de comparer Raddad à Dreyfus (le salaud magnifique n'avait décidément aucune pudeur), mais tout de même, avec quelles envolées de manches il nous eût démontré l'innocence de son client : comediante !

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Last but no least, l'increvable Paul Lefèvre était de la fête. Ce cuistre d'une insondable bêtise affirme avec un toupet monstre que les juges - qui voulaient, insinue-t-il, terminer l'affaire en deux coups de cuillère à pot - auraient eu peur de la masse des journalistes présents. Mais pour qui se prend-il, et quand prendra-t-il sa retraite, ce foutu crétin ? Journaleux, va !
Et comme si ça ne suffisait pas, NT1 redonne l'émission, ce samedi (14 décembre) à 23 heures. c'est vrai qu'on en raffole !

Les journaleux, quelle engeance, décidément !

[plutôt que de perdre votre temps à visionner ce fatras de contre-vérités, voyez plutôt l'analyse précise faite par "le jeune gendarme" qui, depuis, comme nous tous, a un peu vieilli - mais reste le héros cornélien que j'ai vu en lui].


Source : SamuelHuet.com

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