Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Affaire Omar Raddad : le jardinier innocent ?

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Samedi 7 décembre 2013 à 20 heures 45 sur NT1 vous était proposé, dans la série Chroniques Criminelles, un énième magazine sur l’affaire Omar Raddad.

Le sujet, vous était ainsi présenté :

« En France ou à l'étranger, des enquêtes criminelles très médiatisées, parsemées de rebondissements, n'ont parfois pas encore livré toutes leurs vérités. Dans ce nouveau numéro, Magali Lunel propose une plongée au cœur de trois nouvelles affaires : «Affaire Omar Raddad : le jardinier innocent ? » «Omar m'a tuer». Cette phrase est restée dans les annales des chroniques policières et judiciaires. Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée assassinée chez elle. Au mur, cette phrase célèbre, inscrite à l'aide du sang de la victime. Tout semble accuser Omar Raddad, jardinier de Mme Marchal… »

J’avais déjà, en 2008, visionné celui diffusé sur cette même chaîne, présenté par Yves Renier, dans la série « affaires criminelles ». Un titre lui était dédié l'affaire Omar Raddad. Aucun signe interrogatif n'était venu clôturer un sous-titre. Le titre était suffisamment évocateur !
Que signifiait donc ce point d’interrogation après « le jardinier innocent » ?
Allais-je revoir le remake du documentaire diffusé en 2008, qui laissait planer un sérieux doute sur l'innocence du condamné Raddad et convergeait dans le sens de la culpabilité démontrée par le journaliste qui l’avait réalisé, Guy Hugnet, auteur du livre « Omar Raddad – le vrai coupable » ou allais-je découvrir un montage revu et corrigé pour les besoins de la bien-pensance !
Guy Hugnet, un journaliste émérite, rigoureux et consciencieux qui a osé écrire que Omar Raddad était coupable. C'est assez rare pour être souligné. Ce lien pour vous faire connaître ou redécouvrir son interview paru, sans censure, sur Atlantico.fr.

Dans un interview récent, Magali Lunel, la journaliste de NT1 qui officie aussi sur TF1 et LCI expliquait que cette série revenait sur les grandes affaires criminelles qui avaient marqué, choqué ou ému les Français ces dernières années ; qu'elle prenait le temps de s'arrêter sur chacune d'entre-elles et que l'idée était de faire le point, de savoir où elles en étaient aujourd'hui ; et si de nouvelles informations avaient permis de faire rebondir certaines enquêtes. Elle ajoutait que ce magazine lui permettait d'approfondir, d'aller au fond des choses.
Une journaliste qui veut aller au fond des choses ! Une émule de Guy Hugnet ou François Foucard sans doute.
Mystère ! Je me suis donc installé confortablement devant ma petite lucarne pour découvrir la vérité que Magali Lunel allait livrer aux téléspectateurs.
Fin du feuilleton, j'éteins mon téléviseur. Les yeux me picotent ! J'aurais dû regarder un bon film !

Cette journaliste qui prétendait faire le point, approfondir et aller au fond des choses se contentait d'un montage d'images récoltées depuis le début de cette affaire, qui n'apportaient rien de nouveau au téléspectateur attentif qui se posera toujours les mêmes questions.
Introduire le sujet en soutenant que Chroniques Criminelles refaisait l'enquête – n'est-ce pas un tantinet prétentieux ! – tout en formulant comme postulat : Omar Raddad est-il le vrai coupable ? C'était fonctionner dans le sens du médiatiquement correct et ne rien avoir compris à ce dossier. Si, après 22 ans de matraquage médiatique, elle en est encore à se poser cette question il est une évidence, elle n'avait qu'une approche très limitée du dossier.

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Alors : Omar Raddad est-il le vrai coupable ? Ou Omar Raddad le jardinier innocent ? Une histoire de point d'interrogation ?

La suite me confortait dans mon jugement. Dans l'introduction du sujet, Magali Lunel parlait d'un couteau – Dans quel acte de procédure avait-elle trouvé cette définition de l'arme du crime ?, accordait-elle crédit aux racontars de Naranjo et Moreau – ; d'une enquête incomplète – quelles pièces de procédure aura-t-elle lues ? ; – se posait la question de savoir si Omar Raddad était une victime – C'est Ghislaine Marchal, la victime – ; s'il était coupable – 73 juges français, indépendamment des 3 juges d'instruction, et européen l'ont considéré comme tel – et le summum de l'incompétence : n'avait-il pas été blanchi par la justice ! C'est nouveau ça vient de sortir !

Dans leurs appréciations, nul doute que si j'avais présenté un tel devoir, mes enseignants m'auraient gratifié de quelques réflexions assez sévères du genre : la copie est à revoir. Votre travail est insipide, sans le commencement d'un effort intellectuel, sans un début de réflexion. Peux mieux faire. Évitez de copier sur vos petits camarades.

Et ce magazine c'est : je copie, je colle, ça colle ! Pourvu que de faire de l'Audimat puisque le bon peuple aime, parait-il, ce genre d'émission. Mais je subodore que ceux qui ont eu à connaître le dossier auront rapidement zappé sur une autre chaîne. Comme je les comprends ! On est loin, très loin du reportage de Guy Hugnet. Là on est encore et toujours dans la manipulation médiatique.

Ce montage révélait de nombreuses incohérences qui – lorsque l'on connaît le dossier – discréditaient le narrateur, comme : à propos de l'instruction, d'une prétendue "bataille d'experts" en écriture alors que les deux experts successivement désignés avaient été unanimes à conclure que la victime avait bien été le scripteur des deux messages ; d' indices "douteux", sans préciser de quels indices il s'agirait, ni en quoi ils étaient "douteux"; d'une enquête "incomplète", là encore sans indiquer sur quels points elle l'aurait été, et sans faire allusion à toutes les recherches effectuées tant en France qu'à l'étranger, notamment à propos d'autres suspects potentiels ; des propos tenus par une nièce de la victime, on a sélectionné non pas ce qui aurait pu concerner de manière intéressante la personnalité de cette dernière mais d'abord le fait qu'un jeune procureur blond aux yeux bleus aurait, lors de son transport sur les lieux, été bouleversé au point de pleurer...

Et l'on poursuivait avec le rappel d'un "long calvaire judiciaire " subi par l'accusé jusqu'à sa grâce, et son récit du "choc" qu'il avait ressenti ; puis par l'affirmation d'une dame Pascal selon laquelle elle n'aurait pas su si son employé s'était absenté pendant la journée du dimanche et jusqu'à son départ à 5 heures (17 heures) alors que cette absence avait été un fait avéré dès l'enquête et même toujours reconnu par l'intéressé lui-même !
Le ton ayant été ainsi donné, la suite consistait essentiellement – en dehors de quelques photos et extraits de vidéos prises sur les lieux et lors du procès – en : une confrontation de déclarations fragmentaires et contradictoires de différents intervenants ( avocats, journalistes, experts, etc.) avec des critiques aussi péremptoires que fallacieuses toujours portées contre les gendarmes et les magistrats mais sans rendre compte du détail et des raisons des décisions de justice intervenues à plusieurs reprises et niveaux, à propos de la régularité des procédures et de la culpabilité du condamné.
L'assemblage d'images insistant sur le lit pliant, le conteur, qui rabâchait qu'il pesait 12 kilogrammes, se posait la question de savoir comment une femme de 65 ans, meurtrie dans sa chair, agonisante avait-elle pu le traîner devant la porte. Preuve de la méconnaissance du dossier : le lit possédait des roulettes mais... motus ! Et quelle avait été l'influence de ce lit sur le système de fermeture ? Aucun ! Mais on évitait de parler de ce qui fâche : la démonstration du juge d'instruction et son procès-verbal de transport de justice qui attestait que la mise en scène était impossible ; preuves à l'appui.
La manipulation médiatique cautionnait la roublardise Raddadienne ? La caméra nous montrait le meurtrier stationnant un cyclomoteur devant une boulangerie où il prétendait être allé acheter son pain ; or, c'est celle où il n'avait jamais mis les pieds de sa vie (avant le 23 juin 1991). Aucune question n'était posée sur l'autre commerce, implanté à quelques mètres de là, La huche à Pains : celui où il se servait habituellement et qui n'avait pas d'escalier, que Raddad avait désigné aux enquêteurs affirmant qu'il ne s'était jamais rendu dans l'autre boulangerie. Ignorance ou impéritie journalistique !
Ce savant montage donnait d'abondance la parole au meurtrier starisé par la bien-pensance. Comme il avait bien appris sa leçon, il la récitait avec beaucoup d'aplomb et d'emphase allant même jusqu'à couler une grosse larme, ostensiblement versée dans un mouchoir, en tournant toutefois le dos à la camera, à l'évocation du nom de sa malheureuse patronne. C'était touchant, il pensait à celle qu'il avait massacrée ! Sacré comédien !
Par contre qu'il me soit permis de constater qu'il n'avait pas fait beaucoup de progrès à sa sortie de prison, dans la langue de son pays d'accueil. Peut-être un interprète eut-il été nécessaire !
Mais critiquer la justice du pays qui l'a accueilli n'est pas tolérable. Le monde est vaste et si la France ne convient pas à Monsieur Raddad, son pays de naissance, le Maroc, est certainement prêt à l'accueillir.
Le montage n'allait pas à l'essentiel, tout était superficiel, peu de références au dossier de l'information judiciaire. Les thèses des intervenants n'avaient pas varié et pour cause, elles dataient pour la plupart de deux décennies, les images défilaient diffusant hypocrisies, incohérences, mensonges et bouffonneries pitoyables. Mais, chers téléspectateurs soyez persuadés que ce magazine aura permis à la journaliste d'approfondir et d'avoir été au fond des choses. Pour ce faire, je conseille à cette charmante journaliste de se reporter à l'article que j'ai écrit sur la requête de son énième défenseur en vue de nouvelles recherches ADN. Cela pourra lui servir pour une autre rediffusion !

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

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