Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Omar Raddad : nouvelle demande d'analyses ADN

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Bis repetita placent.
Cette année, les titres du mois de septembre sont moins racoleurs que par le passé mais le sujet est toujours porteur. Je constate cependant une certaine lassitude des médias qui ne relaient plus avec autant d'ardeur les informations concernant le meurtrier de Ghislaine Marchal.

Tous font, comme d'habitude, du copier-coller cette fois-ci dans la foulée du Parisien et du Figaro selon lesquels Raddad aurait saisi la Chancellerie par une nouvelle requête portant sur les empreintes génétiques et, d'après leur source, le ministère de la Justice aurait accepté de nouvelles analyses. Sylvie Noachovitch, l'avocate d'Omar Raddad, le confirmait tout en précisant que le procureur général ne s'était pas encore prononcé sur la question (Le Parisien, Paris-Match). La Chancellerie rappelait le 8 septembre qu'elle n'avait pas compétence pour donner son feu vert à de nouvelles expertises et qu'il revenait au Parquet général à qui elle avait transmis la demande de Raddad de décider de l'opportunité d'une telle requête (le Parisien).

Par la voix de son conseil, Raddad tente ainsi une nouvelle fois de convaincre la Justice de faire procéder à la comparaison au FNAEG d'éventuelles empreintes génétiques prélevées à partir de certains scellés à celles contenues dans les bases du fichier. Mais quels scellés ? Mystère !
L'on sait déjà que les demandes antérieures s'étaient soldées par des échecs ; les empreintes de question n'avaient pu être codifiées rendant impossible toute comparaison avec celles de comparaison et à plus forte raison avec celles contenues dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques. Ce qui n’avait pas empêché le conseil du meurtrier de Mme Marchal de médiatiser sa demande qu'elle savait pourtant vouée à l'échec. Je rappelle à ce sujet la requête quasi identique déposée en 2011.

Jean-François Roubaud relatait dans Nice-Matin du 5 septembre que l'avocate de Raddad, persuadée que le vrai coupable était vraisemblablement un délinquant, voire un récidiviste ayant un casier, estimait probable que son ADN figure dans ce fameux FNAEG et relayait sa parole :

« Nous ne demandons pas grand-chose : simplement que l'on prélève des échantillons de sang sur les chevrons et les poignées de la cave de la villa de Mougins. Qu'on puisse en extraire l'ADN afin de procéder à cette comparaison ! Si les ADN retrouvés sur les lieux du meurtre figurent dans ce fichier national, l'innocence de mon client ne fera plus aucun doute.»

Dans le journal Aujourd’hui et sous la plume de Louise Colcombet, la «conviction» de cette énième avocate (18 ème ou 19 ème défenseur de l’homme dont il faut encore rappeler que la culpabilité a été reconnue à 5 reprises par des juridictions de jugement de tous niveaux et auxquelles ont participé pas moins de 73 juges) serait que « l’auteur de la phrase (Omar m’a tuer) a « forcément un casier ».
Les constatations matérielles, la reconstitution sur les lieux du crime, les nombreux indices recueillis et les diverses expertises judiciaires ̶ y compris les nouvelles qu’avait ordonnées la Cour de révision ̶ avaient clairement établi que le scripteur de ces messages n’avait été autre ̶ comme l’admettaient d’ailleurs les tous premiers défenseurs de l’accusé de l’époque ̶ que la victime elle-même, avant son décès.
Celle-ci n’ayant eu, de son vivant et à ma connaissance, aucun casier judiciaire, la conviction d’un scripteur «à casier» paraît relever davantage des remarquables facultés d’imagination de ce énième défenseur, que d’une œuvre de simple et bonne raison…

Par ailleurs et si l'information de Nice-Matin est exacte, il serait aussi demandé que soient prélevés des échantillons sur le chevron ! Faudra-t-il une nouvelle fois faire une expertise sur un scellé hyper pollué voire "tchernobylisé" depuis deux décennies tant il a été manipulé par des dizaines de personnes ? Expertises sur ce scellé dont nous connaissons par ailleurs les conclusions !
La demande porterait aussi sur un prélèvement sur les poignées de la porte de la cave ! Si l'on en croit ce communiqué, c'est totalement irrationnel : depuis 1991 nombreuses sont les personnes qui les ont manipulées ! Et si l'on retrouve l'ADN des nouveaux propriétaires de La Chamade, les accuserait-on du meurtre ? Comment les experts pourraient-ils déterminer à quelle date ces ADN, si ADN il y avait, ont été déposés : avant, pendant ou après le meurtre ?!

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Je rappelle, en ce qui concerne les analyses génétiques, que la Cour de révision des condamnations pénales avait observé et décidé, dans son arrêt de rejet du 20 novembre 2002, qu'il était impossible de déterminer - après toutes les manipulations subies par les pièces à conviction, consécutives aux opérations d’enquête et d’expertises ainsi qu’à leur production aux audiences publiques pour les besoins des débats contradictoires - à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées et que serait privée de pertinence toute recherche complémentaire sur les empreintes génétiques découvertes, comme sur celles qui pourraient l’être par de nouvelles investigations.
La Cour de révision des condamnations pénales avait suivi la plaidoirie de Me Georges Kiejman et les observations de l'avocat général, Laurent Davenas, développées devant la Cour, le 17 octobre 2002. Ce haut magistrat rappelait, je le cite :

« Même si les techniques d’extraction et de recherche d’ADN ont considérablement évoluées depuis 1991, ces techniques restent délicates à manier et l’identification génétique a interpréter avec prudence. Tout technicien de scène de crime sait que le risque de contamination est l’ennemi absolu de l’ADN et que scientifiquement on ne peut établir à quelle période un matériel biologique a été déposé sur son support.
Ces ADN masculins n’expriment donc rien car rien ne permet de dire s’ils sont contemporains, antérieurs ou postérieurs aux faits. Ils ne sont pas la signature de l’innocence d’Omar Raddad. Ils ne sont que des traces de contamination : postillons, crachats, sueurs, ne permettant scientifiquement aucune déduction.
Ils n’autorisent aucun doute tant les charges pesant sur Omar Raddad continuent de peser. Ils ne sont pas les ingrédients d’un scénario aussi démoniaque qu’absurde. Ils ne signifient rien et n’auraient rien signifié de plus s’ils avaient appartenu à l’employé de Madame Marchal dont le pantalon et les chaussures recelaient encore après le drame des sédiments provenant du lieu du crime, partie intégrante de son périmètre de travail à La Chamade.
La police technique et scientifique ne remplacera jamais la patience et la minutie d’une enquête de police judiciaire.
Tout a été dit, sans doute tout reste à écrire ».

Le journaliste de Nice-Matin conclut que la requête serait celle de la « dernière chance » entre les mains du procureur de Grasse seul désormais à détenir les clefs de ce dernier rebondissement !
Seul à détenir les clefs... On croit rêver !
Nul doute que le procureur de la République de Grasse, s'il devait être réellement saisi d'une telle requête, saura tirer les nécessaires et évidentes conséquences des arrêts de la Cour d'assises, de la commission de révision et de la Cour de révision des condamnations pénales.

Ces rebondissements médiatisés, artificiels et à répétition : que de poudre aux yeux !
Et quelle nouvelle manifestation d’indifférence du condamné pour le repos des cendres de Ghislaine Marchal et pour les besoins d’apaisement et de sérénité de ses proches.

Nous verrons bien si la Société et ses représentants auront à cœur, quant à eux, de les prendre en compte comme il convient… et une bonne fois pour toutes…

Georges Cenci

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Georges Cenci Georges Cenci ·  12 septembre 2013, 14:32

Selon Jeune Afrique du 12 septembre, l'avocate d'Omar Raddad qui vit désormais à Toulon aurait fait connaître, qu'aujourd'hui âgé de 50 ans il était dépressif et se trouvait dans l'incapacité de travailler.
Un meurtrier à la charge de l’État, quelle émotion !
S'interroge-t-on de l'incapacité perpétuelle de celle qu'il a tuée ?
S'interroge-t-on des souffrances toujours subies par les membres de sa famille ?
Un peu de décence, de dignité et de respect seraient les bienvenus !

Contribuable lambda Contribuable lambda ·  22 septembre 2013, 20:53

Qui va payer, combien , pourquoi …et jusqu’à quand ?

A la page 201 de votre remarquable et si édifiant ouvrage sur le meurtre de Madame Marchal, vous aviez mentionné que le coût total des multiples expertises techniques réalisées au cours de l’enquête et de l’instruction de l’affaire, au stade de la Cour d’assises, s’était élevé à 179.000 Francs ( soit 27.288,37 euros ou encore 17,9 millions d’anciens francs).

Selon certaines sources, généralement fiables, il apparaît que depuis une loi n° 93-2 du 4 janvier 1993 ayant modifié l’article 800-1 du code de procédure pénale, les frais de justice criminelle (ainsi que correctionnelle et de police) sont à la charge de l’Etat, sans recours envers les condamnés.
En matière de demande en révision, la même loi de 1993 aurait abrogé une disposition précédente de l’article 626 du même code selon laquelle le demandeur en révision qui succombait dans son instance, était condamné à tous les frais. Autrement dit, ceux-ci (depuis 1993) restent encore et même en ce cas à la charge de l’État.

Notre actuelle Garde des Sceaux a, selon un récent quotidien, déclaré au cours de son interview, que pour des raisons budgétaires, certaines juridictions sont « en état de cessation de paiements »…

Dans votre dernier billet sur une nouvelle demande d’expertises, notamment génétiques, formulée par le défenseur actuel du condamné, vous avez rappelé les décisions de la commission et de la Cour de Révision et les motifs précis pour lesquels, après avoir fait procéder à de nouvelles enquêtes et expertises (toujours aux frais de l’État ?) il a été constaté et décidé par ces juridictions que d’autres expertises génétiques s’avéreraient désormais impossibles et inutiles.

Pourriez-vous dire, compte tenu de votre connaissance approfondie de cette affaire et de ses suites, pour quelles raisons ‒ en dehors d’un éventuel souhait de persistante surmédiatisation ‒, il pourrait aujourd’hui devenir possible et nécessaire d’ordonner et de faire financer par l’État, par ses juridictions obérées …et finalement par des contribuables déjà suffisamment sollicités par ailleurs, les expertises nouvellement demandées par le dernier défenseur du condamné ?

Georges Cenci Georges Cenci ·  23 septembre 2013, 18:05

@ Contribuable Lambda

En l'absence de réel « fait nouveau », à mon humble avis rien ne justifie que l'on gaspille indéfiniment l'argent de l’État ; si ce n'est pour tenter d'en créer un artificiellement.

Francomarocain Francomarocain ·  07 décembre 2014, 11:26

J'ai lu votre récit avec beaucoup d'intérêts, et voyez-vous, le problème dans l' affaire de mon concitoyen (marocain) Omar, c'est qu'il a été victime de notre système judiciaire français de l'époque : qui opposait l'intime conviction au bénéfice du doute; quand il y a doute, l'équité est d'acquitter et non de condamner, c'est logique, et c'est pour cela que le législateur a réformé en 2014.
La science est là pour élucider ce problème (et je sais de quoi je parle) alors reprenons et poussons les investigations.
Ensuite, espérons que les hommes trouveront raison, et que chacun de nous se mette à la place de Omar HADAD. je vous propose donc, d'en faire de même, et sauf si vous avez intérêt à ce que la vérité soit étouffée ( et c'est ce qui ressort clairement de cette affaire; et de vos propos), vous parviendrais à la même conclusion que moi : OMAR n'a tué (er) personne.

Georges Cenci Georges Cenci ·  09 décembre 2014, 05:17

@Francomarocain : Lors de votre premier message vous étiez marocain et maintenant vous voici Francomarocain.
Vous vous dites Francomarocain mais la balance, me semble-t-il, penche plus pour la citoyenneté marocaine que française puisque vous dites que Omar Raddad est votre concitoyen.
Il n'y a pas de mal à cela. C'est un constat, sans plus.
Moi, je n'ai pas changé, je suis toujours Georges Cenci, sujet français de la République française.
Il n'y a jamais eu doute sur la culpabilité de Raddad et non HADAD comme vous l'écrivez.
Vous reporter à l'arrêt de rejet de la demande en révision de la cour de révision et aux décisions de la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Ces hauts magistrats qui ont décidé de la condamnation définitive de ce meurtrier ne sont pas, eux, aveuglés par leurs préjugés.
Vous devriez y réfléchir.
Gardez vos convictions et vos préjugés, cher monsieur.
Cordialement.

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