Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Suivant l'actualité sur cette affaire, je me souviens avoir lu une information mettant en cause un certain Vilas-Boas. Que savez-vous de cette accusation ? Était-elle fondée ?

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Après le rejet du pourvoi en cassation, le 9 mars 1995, une énième campagne médiatique voyait le jour en septembre. Un nouveau rebondissement et non des moindres faisait la Une des médias. Le prestidigitateur Naranjo sortait de son chapeau un certain Mohamed Moumen qui avait regagné son pays d’origine après sa libération de la centrale de Clairvaux.

Dans sa révélation à la presse marocaine, Mohamed Moumen accusait un ex-codétenu, Alain Vilas-Boas, du meurtre de Ghislaine Marchal. Je précise avoir connu Alain Vilas-Boas lorsque je commandais la brigade de recherches de Cannes. Ce n’était pas un saint mais cela n’en faisait pas un suspect pour autant.

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Les médias bien évidemment s'emparaient de cette révélation : « Un taulard blanchit Omar » - « Omar est victime d’une machination » - « L’écheveau des pistes » - « L’affaire Omar rebondit » - « Omar : les cartes d’un privé ». La plupart des médias y allaient de leurs titres racoleurs ! Et quand la justice ouvrait une enquête préliminaire, Nice-Matin se permettait de titrer « Omar Raddad : les doutes de la justice ». C'était à marcher sur la tête ! ...Ou mourir de rire !

Une chaîne d’information allait même organiser en duplex la confrontation entre Moumen et Vilas-Boas. Malgré son talent et ses efforts, Guillaume Durand allait vite être dépassé et ne pouvait éviter la cacophonie. La confrontation tournait à la farce. Je me demandais à l'époque qui avait bien pu payer Moumen pour sortir de telles sornettes – je ne pense pas que cela soit difficile à deviner ! – et pour quelles raisons la télévision publique cautionnait-t-elle ces supercheries ?

Moumen allait même accuser par voie de presse le beau-père de Vilas-Boas d’avoir battu son beau-fils à coups de barre de fer, pour le punir d’avoir tué Mme Marchal. Pour prouver cette correction, il décrivait les blessures à la tête de l’infortuné Vilas-Boas. Ridicule Moumen ! Ces blessures à la tête étaient tout simplement dues à un grave accident de moto dont Vilas-Boas avait été victime le 2 mars 1992. Vérifié. Dont acte.

Mais comment le sieur Naranjo était-il arrivé à Alain Vilas-Boas ! Tout simplement en entrant en relation avec sa mère et son beau-père. Sous prétexte de l’aider, il réussissait à les convaincre de lui communiquer son adresse. C’est un malin Naranjo, il l’obtenait facilement et la mère, mise en confiance, le mettait en rapport avec son fils. Les deux hommes se rencontraient à Mont-de-Marsan.
Naranjo est un entreprenant : (Extrait de sa déclaration faite aux gendarmes de la section de recherches de Marseille) :

« Une fois sur place, Naranjo m’a demandé de passer à la télé, de mettre des lunettes et une casquette. C’est lui qui a tout organisé avec les journalistes de TF1. C’est comme ça que je suis passé sur cette chaîne le vendredi aux informations de treize heures. Ensuite, Naranjo m’a emmené avec sa voiture à Grasse. En chemin, il a téléphoné à France2 pour vendre mes photographies ainsi que le film qu’il avait tourné avec moi. Il en voulait soixante-dix mille francs. Il a répondu à un appel de TF1 qui lui demandait de monter à Paris. Les billets étaient réservés par TF1 ».

Bien évidemment l'enquête préliminaire était classée sans suite. Mais il est permis de se poser la question suivante : tous ces rebondissements aussi bidons que farfelus et fantaisistes ne sont-ils pas la preuve du désarroi et de la détresse d'une argumentation ?

Georges Cenci

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