Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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D'après Nice-Matin, Vergés aurait présenté à la presse une Néo-Zélandaise qui prétendait avoir découvert l'arme du crime ! Quelles sont vos explications ?

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Entre manœuvres et manigances, la Défense de Raddad s'était depuis longtemps fissurée. Et c'est sur le terrain médiatique, où elle excellait, qu'elle se répandait avec allégresse !

C'est en sortant mes archives que je constate, avant que Vergés nous présente son témoin surprise et son arme du crime, que selon la presse anglaise Scotland Yard enquêtait sur Omar Raddad ; déjà victime d'un étrange sosie (Nice-matin – Le Parisien des 19, 20 et 21 mars 1994).
Rebondissement auquel les avocats de Raddad n'accordaient à juste titre aucun crédit.
La bataille des robes noires mettait aussi en lumière l'entrée en scène de Hassan II, le roi du Maroc et son neveu, le prince Moulay Hicham (Jeune Afrique 17 au 23 mars et 24 au 30 mars 1994) tandis que Bernard Naranjo pointait déjà le bout de son nez et s'épanchait auprès de Pierre Blois qui, plus tard, sortira la piste de l'OTS (Entrevue mars 1994).

Venons-en à ce témoin surprise. C'est avec une publicité de retape bien évidemment que Vergés organise sa conférence de presse. Il est accompagné non pas de l'ouvrier du coin ou du petit commerçant local mais de l'ex juge Thierry Jean-Pierre et de l'écrivain Jean-Edern Hallier ; tous deux disparus depuis (Nice-Matin, l'Humanité , VSD, France-Soir, Libération, le Figaro, Paris-Match, Le Monde, etc... - 5 mai 1994)
Vous le constatez, ils sont tous là à reprendre l'information.

pgc.jpgVergés présentait donc à la presse, Madame Patricia Goodland-Clark, une Néo-Zélandaise qui possède une propriété à quelques trois ou quatre kilomètres de la Chamade. Et, pour faire bonne figure ou pour répéter sa leçon elle affirmait que le jour du meurtre elle avait vu, devant son portail, une camionnette qu'elle n'avait jamais vue auparavant, sans plaque d'immatriculation ; qui plus est, elle avait aperçu à l'intérieur des traces de sang sur le siège du conducteur ainsi que sur un madrier et un chevron de même type que celui ayant servi à tuer Mme Marchal. Elle ajoutait qu'après avoir fait remorquer ladite camionnette par la police municipale, elle avait trouvé sur le bord du trottoir - je vous le donne en mille - un sac en plastique contenant du papier essuie-tout taché de brun et un tournevis plat de quarante centimètres de long sur 1,5 centimètre de large, souillé lui aussi.

Voilà de quoi relancer la presse. Tout les ingrédients sont réunis. Vergès n’a plus qu’à monter la mayonnaise... qui prend. Bien entendu elle va très vite retomber, mais vous n’en saurez rien ; cela n’est pas convenable.

Quel est le média bien-pensant qui a parlé des vérifications de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille et de ses conclusions ?
Ces révélations sensationnelles se sont réduites comme peau de chagrin dès que la justice engageait une procédure judiciaire. On trompe les médias, qui à mon humble avis se laissent volontiers abuser et à travers eux l’opinion publique, mais les fabulations et les fantasmes ne résistent pas longtemps à l’examen des faits.

Si l’on veut bien faire preuve d’objectivité, il est élémentaire de démontrer que le témoignage de Mme Patricia Clark n’est pas crédible. En effet, les gendarmes de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille, sous l’autorité du lieutenant-colonel Felder, déterminaient que cette fameuse camionnette appartenait à un sexagénaire, honorablement connu au village, M. Lucien Rossi - qui n’était autre qu’un proche voisin de Mme Clark ; que ce véhicule n’avait jamais été stationné à proximité du domicile du témoin inespéré mais au fond de l’impasse où demeure son propriétaire ; qu’il n’avait jamais contenu ni outil ni chevron, mais de vieilles planches et des gravats provenant de chantiers ; qu’il n’avait jamais été volé, enlevé ou déplacé par quiconque.
D’ailleurs, il était démontré que la police municipale et la gendarmerie de Mougins n’avaient reçu aucun appel de Mme Clark le concernant ; ce qui faisait dire à Roger Duhalde, maire de la commune et vice-président du conseil général des Alpes-Maritimes :

« D’après moi, Mme Clark, de bonne foi compte tenu des délais entre la manifestation de son témoignage et la date du meurtre, a dû avoir son souvenir probablement altéré. Ceci pourrait donc mettre en doute la solidité de son témoignage. A mon avis, on ne peut pas mettre sur le même plan, des souvenirs et des documents écrits. Mes informations sont en contradiction formelle avec les déclarations de Me Vergès et les articles de presse. »

L’élu confirmait son témoignage en adressant à la presse le communiqué suivant :

« Contrairement aux déclarations de Me Vergès et de son témoin, la police municipale de Mougins n’a fait procéder à aucun enlèvement de véhicule de type mentionné par Me Vergès durant tout le mois de juin 1991. Photocopies de la main courante du service de police ainsi que de l’état des mises en fourrière ont été transmises au procureur de la République de Grasse. »

D’autre part, si les gendarmes de Mougins, où j’avais établi ma cellule d’enquête, avaient reçu l’information de Mme Clark sur la découverte de ce tournevis, il est bien évident que j’en aurais été informé car nous étions dans la phase préliminaire des investigations et nous recherchions activement une arme. Tout cela n’est pas crédible.
Exit donc l'arme du crime vergésien ! Cette faribole ne lui servira pas pour étayer son pourvoi en cassation, qui sera rejeté. Mais qu'à cela ne tienne, se profile déjà la thèse du second Omar !

Georges Cenci

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