Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Quels sont, selon vous, les éléments à charge ?

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La chambre d’accusation d'Aix-en-Provence rendait le 14 avril 1993 un arrêt de renvoi devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes à Nice. Dans son exposé, l’arrêt reprenait le rapport de synthèse que j’avais élaboré et le réquisitoire définitif du procureur de la République de Grasse.

Il était ainsi motivé sur le fond :

« Le dossier de la procédure a établi à l’encontre d’Omar Raddad de lourdes présomptions d’homicide volontaire sur la personne de Mme Marchal. Ces présomptions ressortent principalement de sa dénonciation écrite par la victime, à l’aide de son sang, de son absence d’alibi et des besoins financiers de l’intéressé. Deux expertises ont confirmé que l’auteur des deux inscriptions était bien Mme Marchal dont les capacités physiques étaient suffisantes pour identifier son agresseur et lui permettre de se barricader dans le sous-sol. Les dépositions de nombreux témoins contredisent l’emploi du temps tel qu’il est développé par Raddad. L’absence d’empreintes digitales sur le sac à main, élément négatif, n’est pas de nature à exclure toute participation, alors qu’aucune autre empreinte même appartenant à la victime n’a été décelée. Les affirmations médico-légales de la défense ne correspondent pas avec les précisions données par les experts qui ont estimé que l’agonie de la victime a duré de 15 à 20 minutes, qu’il n’y a pas eu de projections de sang importantes ni d’hémorragie interne importante au niveau du crâne, du thorax et de l’abdomen et qu’il n’y a aucun doute du jour du décès, l’erreur sur le jour étant une erreur matérielle de dactylographie. Les difficultés financières, les avances sollicitées à son employeur et la fréquentation des prostituées résultent des propres déclarations d’Omar Raddad.
La procédure est complète, aucune nouvelle mesure d’investigation n’est nécessaire, elle est également régulière et il en résulte charges suffisantes contre Omar Raddad d’avoir à Mougins, le 23 juin 1991, en tout cas dans le département des Alpes-Maritimes et depuis moins de dix ans volontairement donné la mort à Ghislaine de Renty veuve Marchal. Crime prévu et puni par les articles 295 et 304 du Code pénal. »

charge.jpgLe 2 février 1994, Omar Raddad était condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Alpes Maritimes. De par la lecture du dossier de l'instruction puis de l'oralité du débat public devant la Cour, il semble que l'intime conviction des juges et des jurés s’est forgée sur des éléments que les avocats de la défense et la Presse en général ne révélaient pas, et pour cause. Ces éléments sans être exhaustifs sont les suivants :

  • Le deux experts en écriture soutenaient avec conviction que l'écriture des messages ante-morten était bien de la main de Mme Ghislaine Marchal.
  • Il résultait des éléments de l'enquête et de l'instruction que seule la personne à l'intérieur du sous-sol pouvait être l'auteur de ces messages et Madame Marchal était cette personne ; celle-ci constatant qu'elle avait été enfermée par son meurtrier, et le sous-sol n'ayant aucune autre issue, avait mis en place, craignant le retour de son agresseur, un système de fermeture très efficace constitué par un tube métallique coincé sous la porte et reposant sur un chevron faisant levier. Le lit sur roulettes, posé au-dessus de ce dispositif n'avait qu'un rôle accessoire.
  • Les diverses expertises médico-légales indiquaient que les coups de chevron avaient été assénés par devant. La mutilation d'un doigt de la victime attestait de ce réflexe protecteur et permettait de soutenir que la victime avait identifié celui qui lui portait les coups ; en rappelant que Omar Raddad n'était pas venu pour tuer Mme Marchal mais pour lui demander une nouvelle avance sur salaire.
  • Les expertises médico-légales établissaient que l'agonie de la victime avait duré entre 15 et 30 minutes, temps suffisant pour dénoncer son meurtrier et mettre en place le système de blocage.
  • L’enquête identifiait un chevron et proposait une cisaille comme armes du crime avec sur les lames de cet outil des traces d'ADN dont l'expertise dira qu'il pouvait s'agir de sang humain. S'observait une corrélation entre la faible profondeur des blessures par arme blanche, le peignoir de la victime mais aussi la faiblesse du bras droit de Raddad, spécialement vérifiée par une expertise médico-légale.
  • Il était aussi établi scientifiquement la présence de particules de poussière en provenance du sous-sol de la cave sur les semelles des chaussures de Raddad et dans le bas de la texture de son pantalon alors qu'il déclarait ne pas s'y être rendu depuis des mois ; et que sa femme témoignait qu'elle lui lavait ses affaires de travail toutes les semaines. Cet élément attestait que dans un temps contemporain au meurtre Omar Raddad s'était rendu dans le sous-sol de la cave.
  • L'enquête démontrait la présence de flaques de sang dans l'entrée du sous-sol et l'absence de cette matière sur le palier extérieur et sur les marches de l'escalier qui y conduisait. Ce détail annihilait la thèse de la mise en scène défendue par la défense car, pour pouvoir faussement mais efficacement faire accuser Omar Raddad à la place d'un autre, aurait-il fallu être assuré de sa présence à Mougins ou à proximité des lieux ce jour-là alors que seule Mme Pascal – non suspecte – chez qui il travaillait en avait eu connaissance la veille seulement par une demande de l'intéressé. La présence de Raddad à Mougins est doublement inhabituelle dans le sens où il n'avait jamais travaillé un dimanche et ce jour-là était jour de l’Aïd qu’il aurait dû consacrer à sa famille à Toulon.
  • Les actes de police judiciaire révélaient les nombreuses demandes d'avances sur salaire à ses deux employeurs dont Mme Marchal et, prouvaient que celle-ci faisait des fautes d'orthographe et était coutumière du mauvais emploi de l'infinitif et du participe passé.
  • Une clé de voûte des éléments à charge était le système de blocage intérieur de la porte de la cave mis en place par Ghislaine Marchal. Lors du transport de justice, le 18 février 1992, les avocats de la défense avaient été incapables de démontrer qu’il aurait été possible de mettre en place un système de blocage aussi résistant depuis l’extérieur de la cave. Cet élément de preuve a expressément été confirmé par la Commission puis par la Cour de révision.

D'autres indices et preuves de la culpabilité de Raddad figurent dans le dossier, notamment : la bonne acuité visuelle de la victime et sa lucidité pendant la phase agonique qui attestent qu’elle a formellement identifié son agresseur avant de le dénoncer ; les messages accusateurs avalisés par les experts en écriture lors de l'instruction du 1er degré puis confortés par l'expertise décidée par la commission de révision qui constatait avec des moyens sophistiqués, la présence de deux lettres évanouies U et E après la lettre T. Ghislaine Marchal lors de son deuxième message a donc réécrit OMAR M'A TUE. La place lui manquait en bout de porte pour déposer le R. Un élément fort que l'on vous cache.
L'enquête de la gendarmerie révélait la passion de Raddad pour le jeu au Casino. Elle déterminait et démontrait que Raddad était un joueur assidu au Casino de Cannes et fixait le montant très important de ses sorties d'argent (80 000 francs en un an). Elle permettait d'autre part de prouver qu'il fréquentait les prostituées.
L'information judiciaire démontrait l'absence totale d'alibi et la mise en lumière de ses mensonges, ses contradictions et ses difficultés financières. Elle permettait de déterminer le mobile : le vol. L'enquête établissait que Mme Marchal avait retiré 5 000 francs à sa banque le 19 juin et qu'il devait lui rester environ 4 000 francs ; que l’on n’a pas retrouvés dans son sac à main.
Et cette fameuse faute d’orthographe qui n’était rien d’autre qu’un pétard mouillé dont la défense et les médias se sont longtemps gargarisés. Au dossier figurent tous les éléments de comparaison attestant qu’un tel emploi de l’infinitif était fréquent chez la victime, comme ses fautes d'orthographe.

L’ensemble de ces éléments de preuve qui, comme dans toutes les procédures, avait été mis à la disposition de la Justice afin qu’elle puisse se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’un accusé.

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

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dimitri dimitri ·  07 octobre 2014, 12:56

Les expertises médico-légales établissaient que l'agonie de la victime avait duré entre 15 et 30 minutes, temps suffisant pour dénoncer son meurtrier et mettre en place le système de blocage.

Vraiment...sérieusement avec ses blessures elle avait le temps de mettre en place le système...déplacer le lit, écrire...non vraiment.

Dimitri

MP MP ·  20 juillet 2019, 18:49

Bonjour,

Les débats du procès qui a abouti à la condamnation de Omar Raddad pour le meurtre de Mme. Marchal ont fait mettre de coté deux éléments matériels à charge du dossier d'accusation :

- l'expertise médicale n'a pas reconnu la cisaille coupe-haie comme arme blanche probable ayant infligé les blessures constatées sur la victime. Un coupe-haie que le meurtrier aurait été ranger à sa place après son acte, nonobstant le risque d'y laisser des traces susceptibles de l'incriminer.

- sur les particules de poussière trouvées sur les vêtements/chaussures de O. Raddad, l'expert a indiqué que ces éléments ne permettaient pas d'incriminer ou de disculper l'intéressé, l'environnement immédiat de la cave pouvant présenter les mêmes particularités.

Les éléments à charge qui demeurent :

- l'absence d'alibi et un emploi du temps compatible avec les faits reprochés

- les besoins financiers répétés

- le graffiti laissé par la victime selon deux expertises judiciaires

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