Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Quelle est la probabilité que la victime ait reconnu son agresseur pour ensuite le dénoncer ?

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Au moment des faits, la victime est âgée de 65 ans. A cet âge-là, on porte couramment des lunettes à verres correcteurs. La question était de savoir si Madame Marchal chaussait des lunettes pour les actes de la vie courante ? Si, dans les conditions de l'agression, elle avait pu reconnaître son agresseur alors qu'elle n'était pas appareillée.

C'était effectivement des vérifications à ne pas manquer. Je me souviens en avoir débattu avec le juge d'instruction qui délivrait une ordonnance à un expert ophtalmologue, le docteur Chabat.

Lors d'une perquisition à La Chamade nous avions retrouvé trois paires de lunettes de vue appartenant à Mme Marchal. L'expert déterminait qu'il s'agissait de lunettes corrigeant la vision de près ceci en raison de leur mauvais état, de leur esthétique modeste et de la progressivité ou dépressivité de la correction optique. Il concluait le 12 novembre 1991 :

« il y a de fortes chances pour qu'un individu appareillé de la sorte ait une acuité visuelle de loin qui lui permette de distinguer une personne familière entre 0,50 mètre et 2 mètres. »

Ces conclusions médicales sont la preuve, rigoureuse, objective et scientifique que Ghislaine Marchal avait reconnu son agresseur.

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Plusieurs auditions confortaient les conclusions de l'expertise. Les personnes de l'entourage de la victime attestaient qu'elle ne chaussait ses lunettes que pour lire, qu'elle n'en portait jamais à l'extérieur et qu'elle pouvait reconnaître quelqu'un de près comme de loin. Alors qu'elle se trouvait dans le sous-sol, Ghislaine Marchal a-t-elle reconnu son agresseur ? Quelle était l’intensité de l’éclairage de la pièce ? A-t-elle été tuée avant qu’elle puisse reconnaître son meurtrier ? A-t-elle été agressée par surprise ? Son meurtrier était-il masqué, encagoulé, ganté ?

Nous avons passé de longues journées dans ce sous-sol pour essayer de comprendre, dans les mêmes conditions, ce qui s'était passé. L'analyse et l'observation rigoureuse des éléments objectifs du dossier nous permettaient de conclure que Ghislaine Marchal avait formellement reconnu son agresseur. Toute autre thèse avancée ne pouvait être en phase avec les éléments probants du dossier.
Un des éléments le plus important est le suivant. Pour vous prémunir d’un coup que vous voyez arriver, vous allez faire un geste de protection. C’est ainsi. Ghislaine Marchal n’a pas été assaillie par derrière mais bien lorsqu’elle faisait face à son agresseur. L’expertise du docteur Macario le confirmait :

« On note d’autre part, un écrasement du majeur gauche et des lésions ecchymotiques des avant-bras qui correspondent sans doute à des mouvements de défense, l’agresseur se trouvant probablement de face. »

Cet agresseur qu’elle avait déjà reconnu alors qu'il s'avançait vers elle dans le fond du sous-sol – vous reporter au scénario de l'agression – était une nouvelle fois devant elle, brandissant un chevron. Instinctivement, elle se protégeait du coup et ses mains se portaient, par réflexe, au-dessus de sa tête. Le chevron lui sectionnait pratiquement un doigt et fracturait une de ses mains.

Ghislaine Marchal avait reconnu son agresseur ! La lumière du sous-sol était suffisante pour permettre cette identification ! Ghislaine Marchal, sans lunettes, pouvait identifier celui qui ne parviendra pas à l’achever ! Son meurtrier n’était pas cagoulé, masqué ou grimé ! Le scénario de l’agression, qui n’est pas celui d’un roman policier mais d’une enquête judiciaire, le mobile du crime, les investigations dans leur ensemble ont apporté une réponse formelle à cette dernière interrogation.

Il a bien évidemment été question de ce point de détail lors du procès devant la Cour d'assises des Alpes-Maritimes.
Le vendredi 28 janvier 1994, le docteur Chabat était interrogé par le président de la Cour d'assises, Monsieur Armand Djian.
Question du président :

« Vous concluez votre rapport par : il y a de fortes chances pour qu’un individu appareillé de la sorte ait une acuité visuelle de loin qui lui permette de distinguer une personne familière entre 50 cm et deux mètres. Qu’entendez-vous par fortes chances ? »

Réponse de l'expert :

« J’entends qu’il s’agissait de lunettes pour voir de près mais aussi que la victime pouvait distinguer une personne familière sans lunettes dans l’espace que vous précisez. »

Maître Leclerc pour la partie civile concluait :

« Il s’agit de lunettes que porte une personne pour lire seulement, et les témoignages sont suffisamment étayés pour retenir que la victime n’avait nul besoin d’être appareillée pour reconnaître quelqu’un et a fortiori un familier. »

Les données de l'enquête, l'expertise, le procès devant la Cour d'assises des Alpes-Maritimes ont donc prouvé que Ghislaine Marchal avait formellement reconnu son meurtrier en la personne de Omar Raddad.

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

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MP MP ·  20 juillet 2019, 17:51

Bonjour,

Vous affirmez ailleurs sur ce blog que l'expertise médicale ne permet pas de déterminer la chronologie exacte des coups assénés à la victime.

Par conséquent, la même expertise ne permet pas de déterminer si l'attaque, c'est à dire le premier coup, a été asséné par devant ou par derrière, mais seulement qu'une partie des coups (la majorité ?) ont été assenés par devant, avec les blessures de défense classiques qui ont été constatées.

Il faut donc rester prudent sur ce point.
La seule évidence, c'est que la victime, que deux expertises sur quatre désignent comme l'auteur des graffitis incriminant Omar Raddad, considère qu'elle a été agressée par lui.
De quelle façon la victime parvient précisément à cette conclusion, nous l'ignorons.

La notion de reconnaissance "formelle" s'entend quand l'identification concernée est réalisée par l'intéressé en présence de témoins.

Dans le mesure où la victime est seule, sans autre témoin que son agresseur, et si elle est bien l'auteur des graffitis incriminant Omar Raddad, il ne s'agit pas d'une reconnaissance "formelle" mais d'une identification.

Celle-ci peut certes être basée sur la reconnaissance visuelle des traits du visage de l'agresseur, mais tout aussi bien sur des vêtements portés par celui-ci et reconnus par la victime, par sa voix, sa silhouette, ou tout autre élément (comme sa présence en un lieu donné à un moment donné) pouvant éclairer la victime sur son identification.

L'identification d'Omar Raddad par Mme. Marchal et la trace écrite qu'elle en a laissé est le seul véritable élément matériel du dossier d'accusation. Il est logique que la défense ait mis en doute la valeur de cette identification.

Vous rappelez, à juste tire, la confirmation par l'expertise médicale de la faculté qu'avait Mme. Marchal de reconnaître un familier à courte distance et, en l'espèce, dans le cadre d'une agression physique de face.

En toute cohérence intellectuelle, Vous devez reconnaisse la même valeur probante à l'expertise médicale qui réfute l'hypothèse de l'utilisation du coupe-haie comme l'arme blanche ayant servi au crime.

Cordialement,

MP

Georges CENCI Georges CENCI ·  25 juillet 2019, 11:35

@MP :
Vous écrivez : l'identification d'Omar Raddad par Mme. Marchal et la trace écrite qu'elle en a laissé est le seul véritable élément matériel du dossier d'accusation. Il est logique que la défense ait mis en doute la valeur de cette identification.
Le seul véritable élément matériel ? Vous en oubliez beaucoup dans votre raisonnement comme par exemple le système de fermeture de la porte mis en place par Ghislaine Marchal. Revoir mes explications à ce sujet. Sans oublier l'arrêt de rejet de la cour de révision des condamnations pénales.
La défense n'a jamais mis en doute la valeur de l'identification de l'agresseur par la victime.
Bien à Vous

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