Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Omar Raddad avait-il vraiment des difficultés financières ? Est-ce la raison des demandes d'avances sur salaires à ses employeurs ? Est-ce l'explication du meurtre ?

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Dans son audition, Omar Raddad reconnait connaître des difficultés financières qui le contraignaient à demander régulièrement des avances à ses deux employeurs. La fréquentation des prostituées était son explication des retards de loyers impayés ; situation qu'il avait cachée à son épouse Latifa Cherachni.

Notre enquête révélait qu'en fait Raddad était assidu au Casino Croisette à Cannes ; ce qu'il s'était bien gardé de révéler dans ses douze pages d'audition. Nos investigations nous permettront de mieux cerner sa personnalité. Le discret jardinier, sous le masque paisible du bon père de famille, qui disait considérer Ghislaine Marchal comme sa mère, n’était qu’un homme comme tant d’autres qui fréquentait les salles de jeux et les prostituées.

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Prostituées et bandits manchots ! Voilà qui expliquait non seulement les loyers en retard, ses demandes répétées d’avances à ses deux employeurs (6 900 francs obtenus du 5 au 23 juin 1991), mais aussi le retrait de 80 000 francs des économies du couple durant les douze mois qui précédaient le drame.
Nous avions devant nous le schéma classique d’un homme détruit par le vice du jeu. Je ne pense pas que l'amour tarifé ait pu à lui seul mettre en péril les finances du couple. La fréquentation des prostituées était néanmoins évidente ; Raddad l'avouait et deux péripatéticiennes qui exerçaient sur la Croisette – Fatima et Nathalie – étaient identifiées et entendues.
Raddad était devenu dépendant des machines à sous. Après avoir dilapidé toutes ses économies, il avait trouvé comme seule alternative pour assouvir sa passion du jeu de demander des avances sur salaire.
Il s'en donnait les moyens et mentait, même à sa femme à qui il déclarait qu'il envoyait des mandats au Maroc et que cet argent pourrait leur servir plus tard. Pour le vérifier nous nous sommes rendus sur commission rogatoire internationale au Maroc et avons constaté qu'il avait aussi retiré de ses comptes de fortes sommes d'argent. Aucune trace de ces prétendus mandats n'était retrouvée tant au Maroc qu'à la poste du Cannet.
L'enquête déterminait que seules Francine Pascal et Ghislaine Marchal étaient sollicitées par Raddad. L'agenda de Mme Marchal portait trace en juillet 1990 de la première avance consentie. En ce mois de juin 1991, Raddad devenait de plus en plus pressant, exigeant même envers ses employeurs qui avaient décidé, dans son intérêt, de ne plus lui accorder des avances.
Mais nous devions déterminer si Raddad était un joueur occasionnel ou invétéré. L’ensemble des auditions recueillies dans ce domaine faisait état qu’Omar Raddad était un joueur habituel voire compulsif, misant des sommes relativement importantes sur des machines à sous bien définies, à cinq francs. Toutes les catégories de personnel, de la femme de ménage au directeur de salle, étaient entendues. Tous se souvenaient de lui. Aucun ne le confondait avec son frère, Mohamed. Sa présence était également remarquée au Ruhl, établissement de jeux de Nice, à une date lointaine mais indéterminée.

Me Vergés dans le mémoire qu'il déposait ne manquait pas d'audace en écrivant que son client n'avait fréquenté que quelques machines à sous !
Quelques machines à sous ! Argument d'une particulière légèreté, comme tous ceux que j'ai lus dans son mémoire qui démontraient une connaissance très approximative du dossier. Pour ne pas dire qu'il ne le connaissait pas.

L'enquête financière, et je synthétise, faisait ressortir sur le compte de Raddad des fluctuations d'argent comme en témoignaient les opérations de 1989 et 1990. Nous remarquions que chaque rentrée importante d’argent était suivie d’un retrait conséquent. C’est ainsi qu’en juillet 1989 étaient retirés 19 000 F, suivis en août de 35 000 F, en mai 1990 de 13 500 F et en août 14 000 F. Le solde du compte qu’il possédait en France n’était que faiblement créditeur dans les périodes qui précédaient le meurtre.
C'est ce vice du jeu qui va le conduire au meurtre. Certains se suicident, d'autres se ruinent. Nombreux sont celles et ceux qui emploient des moyens illégaux pour obtenir de l'argent. D'autres tuent. C'est le cas de Raddad qui s'est rendu le dimanche 23 juin 1991 à La Chamade non pour tuer mais pour demander une nouvelle avance sur salaire. N'ayant pas obtenu satisfaction il est devenu un meurtrier et un voleur. Cette démarche auprès de Ghislaine Marchal était à mon sens préméditée car il faut tenir compte que Raddad avait sollicité, la veille seulement, Mme Pascal pour venir travailler chez elle ce jour-là.

Mais ce n'est pas là l’image parfaite et aseptisée de l’innocence que l’on a brossée à l’opinion publique !

Georges Cenci

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