Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Propagande aux "Oscars 2012" ?

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Billet du Blog de Beb'R, daté du 11 octobre 2011.

« Métropole Films Distribution », la société québécoise responsable de la distribution du film « Omar m’a tuer » a publié, avant sa sortie en salle, un document destiné à promouvoir la dernière réalisation de Roschdy Zem...Y figure une interview du cinéaste où ce dernier déclare :

« J’ai rencontré Omar Raddad et j’ai lu son livre : Pourquoi moi ? J’ai rencontré Maître Vergès, avocat de Raddad, ainsi que Maître Leclerc, avocat de la partie civile, pour entendre leurs arguments respectifs. J’ai lu l’ouvrage de Jean-Marie Rouart : Omar. La construction d’un coupable. Enfin, j’ai lu des extraits de rapports du procès, des PV de gendarmerie et des éléments d’enquête "non officiels". Ce travail une fois effectué, je n’ai pu que constater que des éléments qui laissent à penser que Raddad pouvait être innocent existent et sont au moins aussi nombreux que ceux qui mènent à la conclusion de sa culpabilité.

(…) Prenons quelques exemples :

- Pourquoi n’y avait-il aucune trace de sang sur les vêtements, non lavés, qu’Omar Raddad portait le jour du crime ?
- Pourquoi n’a-t-il laissé aucune empreinte sur le lieu du crime ?
- Pourquoi les gendarmes ont-ils détruit l’appareil contenant des photos prises par la victime, peu avant sa mort ?
- Pourquoi l’incinération du corps de la victime a-t-elle été autorisée, moins d’une semaine après le crime, après une autopsie sommaire ?
- Comment trois médecins légistes ont-ils pu commettre la même faute de frappe, au sujet de la date du décès ?
- Selon la partie civile, la porte de la cave ne peut pas avoir été fermée de l’extérieur, nous avons fait l’expérience avec mon équipe : c’est enfantin !
- Comment Madame Marchal aurait-elle pu écrire, à deux reprises, en étant plongée dans le noir : "Omar m’a tuer" et "Omar m’a t", distinctement, à espaces réguliers, sans que les lettres ne se superposent, en replongeant, à chaque fois, entre deux lettres, son doigt dans son sang ? Nous avons fait le test à plusieurs reprises, nous n’y sommes jamais arrivés.
- Pourquoi aucun membre de l’entourage proche de la victime n’a été interrogé sur son emploi du temps ? »

Constatant que nous n’avions vraisemblablement pas lu les mêmes ouvrages, je tenais à apporter quelques réponses, pourtant écrites en toutes lettres dans le dossier d’instruction et retranscrites dans le livre « Omar l’a tuée, vérité et manipulations d’opinions » du directeur de l’enquête sur le meurtre de Ghislaine Marchal, le capitaine Georges Cenci.

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Pourquoi n’y avait-il aucune trace de sang sur les vêtements, non lavés, qu’Omar Raddad portait le jour du crime ?

Est-il besoin de rappeler que le corps de Madame Marchal est retrouvé dans le local chaufferie de sa cave, vêtu d’un épais peignoir de bain ? Au moment de la macabre découverte, il est ensanglanté. Le rapport d’expertise du docteur Page du 20 juillet 1991 mentionne : « Le corps est dans la chaufferie, à plat ventre, le peignoir de bain, seul vêtement porté, est retroussé jusqu’à la taille, les pieds sont nus », et « L’examen du peignoir montre qu’il est maculé de sang au niveau du cou, des épaules et au niveau de la partie antérieure, la ceinture est aussi maculée de sang ». A la découverte de multiples orifices provoqués par une arme blanche, il rajoute par la suite : « Quatre horizontaux et parallèles sur le pan antérieur droit, trois sur le pan antérieur gauche, deux sur le pan postérieur et latéral ». Les coups portés par l'agresseur ont donc été assénés au travers du peignoir.
D’autre part, le rapport de synthèse du capitaine Cenci affirme : « malgré la multitude des coups, les blessures n’ont pas provoqué de jaillissement de sang » rajoutant par la suite pour expliquer potentiellement l’absence de trace de sang sur les vêtements d’Omar Raddad : « les 70 à 80 cm environ qui devaient séparer les deux corps lorsque les coups de chevron sont assénés ; la superficialité de la majorité des coups à l’arme blanche qui situe l’agresseur relativement éloigné de la victime ». Le fait qu’aucune trace de sang n’ait été trouvée sur la poignée de la porte d’accès au sous-sol démontre s’il en est encore besoin que le meurtrier n’avait même pas de sang sur les mains.

Pourquoi n’a-t-il laissé aucune empreinte sur le lieu du crime ?

Ne précisant pas de quelles "empreintes" Roschdy Zem veut parler, commençons par les empreintes digitales.
Le capitaine Cenci affirme que de nombreuses empreintes ont été découvertes sur le lieu du meurtre, toutes se sont révélées « inexploitables ». Ecrivant : « je suis déçu que mes techniciens n’aient pu relever une quelconque empreinte digitale, preuve indiciale formelle de l’identification qui permet une discrimination incontestable » ; puis : « Mes notes s’enrichissent et se compliquent à la fois, car malgré la minutie des investigations, aucune empreinte digitale n’est lisible. Je "ferai avec, je ferai sans" mais je n’adresserai aucun reproche à mes collaborateurs qui ont été d’un professionnalisme remarquable, complémentaires dans leur activité, n’ont commis aucune négligence et ont travaillé avec obstination et persévérance pour rechercher ce qu’ils n’ont pas trouvé, parce qu’ils ne pouvaient pas trouver ce qui n’existait pas ».
Concernant les empreintes génétiques, dites "ADN", le parquet de Grasse confirmait qu'il n'était pas en mesure d'établir un profil génétique à partir des traces d'ADN retrouvées mélangées au sang de Ghislaine Marchal en 1991. Pour les autres ADN détectés, le directeur d’enquête rajoute sur son site Internet : « les experts ne pourront établir scientifiquement à quelle période le matériel biologique a été déposé sur la porte de la chaufferie : avant, pendant ou après l’homicide ? Mais, qu’il appartienne ou non à Raddad ne changerait rien ! Si l’on retrouvait son empreinte génétique sur la porte, son avocat soutiendrait qu’il a pu la manipuler alors qu’il travaillait à La Chamade, attendu qu’il avait accès au sous-sol. Dans le cas contraire, qu’il ne l’a pas touchée. Mais la démonstration serait sans effet et ne l’exonérerait pas du meurtre pour autant. Ce serait effectivement un fait nouveau, mais serait-il de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité et remettrait-il en cause les charges retenues contre lui ? » Et je rajouterai personnellement que cette évidente remarque s’applique aux empreintes digitales !

Pourquoi les gendarmes ont-ils détruit l’appareil contenant des photos prises par la victime, peu avant sa mort ?

Fort heureusement, l’appareil n’a pas été détruit. Uniquement les 11 tirages sur la pellicule !
Georges Cenci déclarera à la barre du tribunal de grande instance de Nice : « Les photographies tirées de la pellicule que nous avions saisie n’étaient pas utiles à la manifestation de la vérité. Suivant les directives du juge Renard je les ai détruites. J’ai établi, pour légaliser cette destruction, un procès-verbal que j’ai acté ». Application pure et simple de l'alinéa 3 de l’article 97 du Code de procédure pénale. La lecture de "Omar l’a tuée, vérité et manipulations d’opinions" nous révèle l’identité des deux personnes présentes sur les photos : deux voisines de Ghislaine Marchal, rapidement en dehors de tout soupçon pendant l’enquête. Le seul regret du directeur d’enquête à ce sujet : ne pas avoir consulté le fils de Madame Marchal pour lequel ces photographies auraient bien pu ne rester que des souvenirs de famille.

Pourquoi l’incinération du corps de la victime a-t-elle été autorisée, moins d’une semaine après le crime, après une autopsie sommaire ?

Beaucoup de questions en une.
"Une autopsie sommaire" ? Elle sera effectuée le 28 juin, soit 4 jours après la découverte du corps, par les docteurs Page, Macario et Ménard. Trois médecins légistes alors qu’un seul aurait suffi. Elle durera 1h30.
"Moins d’une semaine après le crime" ? L’incinération de la dépouille de Ghislaine Marchal aura lieu le 3 juillet, soit 9 jours après la découverte du corps, plus précisément 10 jours après le meurtre. Les semaines dureraient-elles plus longtemps pour Roschdy Zem ? Comparez avec d’autres affaires criminelles, il n'y a là aucune précipitation et tout cela est conforme à toutes les suites d'autopsies !

Comment trois médecins légistes ont-ils pu commettre la même faute de frappe, au sujet de la date du décès ?

C’est bien connu, les médecins légistes frappent eux-même leur rapport d’autopsie ! Vu qu’ils étaient 3 pour cette dernière, 3 doigts sur une même touche ne pouvaient qu’engendrer une faute dactylographique sur un quantième de mois !
Plus sérieusement, le docteur Page, représentant le collège des 3 médecins légistes et en charge de la rédaction du rapport d’autopsie, délègue la frappe de ce dernier à une secrétaire dactylo, non ? Peut-être suis-je un peu trop orienté par les séries policières américaines de la TV, mais le dictaphone en pleine autopsie n’est pas qu’un mythe n’est-ce-pas ? La dactylo retranscrivant ensuite la bande son en document papier et les légistes le signant. Bref, comme l’affirme le capitaine Cenci : « Malencontreuse faute de frappe qui ouvrira plus tard, bien des controverses ».
Quoiqu’il en soit, suite à cet impair une contre-expertise pluridisciplinaire sera effectuée à la demande du juge d’instruction. Ce nouveau rapport insiste sur les faits suivants : « Le 24 juin à 20 h, le corps était à la température ambiante ce qui indiquait que le décès avait eu lieu plus de 12 h avant », puis « Les lividités étaient déclives et de couleur rouge foncé. Ces phénomènes post-mortem se voient à partir de la 30ème heure après la mort. On les a retrouvés inchangés au moment de l’autopsie. Les flaques de sang, les taches et les traces de sang observées dans la pièce où on a trouvé le corps étaient constituées de sang entièrement séché ». Sous entendu : Si le meurtre avait eu lieu le jour de la découverte du corps, le sang serait encore à l’état liquide ! Une évidence.

Selon la partie civile, la porte de la cave ne peut pas avoir été fermée de l’extérieur, nous avons fait l’expérience avec mon équipe : c’est enfantin !

Là je retrouve le cinéaste partial dans toute sa splendeur ! Je ne sais par quel trucage, quel effet spécial et autres images de synthèse assistées par ordinateur Roschdy Zem peut nous faire gober cette idée. Premièrement, la porte de la cave a été fermée volontairement de l’extérieur ! Par l’agresseur, et à clé ! Madame Marchal se retrouvant enfermée dans le sous-sol bien malgré elle.
Quand bien même le meurtrier serait parti après avoir monté le système de blocage interne, puis fermé la porte à clé, il ne faut pas oublier que le 18 février 1992, lors d’une reconstitution sur place, la défense d’Omar Raddad n’a pu démontrer la possibilité de reproduire à l’identique le montage entre le chevron, la barre de fer et le lit pliant. Comme le mentionne lors de cette reconstitution Me Leclerc, avocat de la partie civile : « Le lit, le chevron et le tube étaient souillés de sang mais que par contre les poignées intérieure et extérieure de la porte ainsi que la partie du mur placé à proximité immédiate de la serrure ne comportaient aucune trace de sang à l’arrivée des enquêteurs ». L’agresseur se serait donc lavé les mains entre le moment où il place le dispositif interne, et le moment où il donne un tour de clé dans la serrure. Absurde dans un tel moment de précipitation comme on peut l’imaginer !

Comment Madame Marchal aurait-elle pu écrire, à deux reprises, en étant plongée dans le noir : "Omar m’a tuer" et "Omar m’a t", distinctement, à espaces réguliers, sans que les lettres ne se superposent, en replongeant, à chaque fois, entre deux lettres, son doigt dans son sang ?

Qui a osé affirmer que la victime était dans le noir lors de la première inscription si ce n’est la défense d’Omar Raddad et ce dans la plus complète ignorance du dossier d’instruction ? Georges Cenci affirme dans son livre : « Je constaterai effectivement plus tard, en situation, qu’un filet de lumière filtre de la porte d’entrée et génère ainsi une faible intensité lumineuse à l’intérieur de la cave ».
Madame Marchal n’a donc jamais été complètement dans le noir. Quoiqu’il en soit, les multiples expertises en écriture ont démontré que la première inscription avait été écrite alors que la lumière était allumée. En atteste les traces de sang de la victime retrouvées sur l’interrupteur. Ce n’est qu’ensuite que Madame Marchal, alors que ses forces la quittaient, s’est rendue dans une demi-obscurité devant la porte de la chaufferie pour y écrire une deuxième fois « Omar m’a t ». Raison pour laquelle l’écriture porte les stigmates d’une agonie certaine, mais ne prouve en aucun cas que la victime ne voyait pas du tout ce qu’elle écrivait.

Pourquoi aucun membre de l’entourage proche de la victime n’a été interrogé sur son emploi du temps ?

Question vague ! Suspicion voilée ! Qu’entend Roschdy Zem par "entourage proche" ? Fait-il allusion au fils de Ghislaine Marchal, Monsieur Christian Veilleux par exemple ? Soutiendrait-il lui aussi la thèse du parricide pour laquelle ses mentors ont été condamnés en diffamation ?
Si c’est le cas, que le réalisateur se rassure, ce dernier a bel et bien été entendu par les enquêteurs de la brigade de recherches de la gendarmerie de Cannes. Son capitaine mentionne « Je connais parfaitement son emploi du temps le jour du meurtre et ni Me Vergès ni son jeune assistant n’ont eu la curiosité de me poser la question lorsque je me trouvais à la barre de la cour d’assises, pas plus d’ailleurs à l’intéressé lui-même après son témoignage ». L’ouvrage de Georges Cenci regorge de déclarations issues de différents procès-verbaux, tous versés au dossier d’instruction lesquels attestent si besoin était que M. Veilleux, mais également tout « l’entourage proche de la victime » - comme le dit si bien Roschdy Zem - ont été auditionnés.


Voilà Roschdy Zem plus au fait de son propos désormais. Lui qui se vante d’avoir ; je cite : « lu des extraits de rapports du procès, des PV de gendarmerie » aurait mieux fait d’en lire l’intégralité ! Je vois dans le choix de ce questionnaire et des réponses mûrement réfléchies qui y sont apportées, une preuve évidente de sa méconnaissance du dossier de l'instruction. A moins que cela ne soit de la mauvaise foi militante ?
Et qu’il ne me soit pas reproché de ne me référer qu’à un son de cloche ; celui de Georges Cenci. Jusqu’ici, son livre, ses déclarations lors d’interviews télévisuelles ou journalistiques et en règle générale toutes ses prises de position n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque attaque devant les tribunaux français. Preuve incontestable que cet homme-là est un homme de Vérité.
Roschdy Zem, celui de la propagande…


Sources : Le blog de Beb'R

Georges Cenci

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