Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Chapitre IV, extrait n°20

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L'enquête sur commission rogatoire (.. suite et fin)

Les arguties de la défense
Ils ne devaient pas avoir beaucoup d’arguments pour clamer haut et fort que le meurtre de Ghislaine Marchal a été commis le 24 au lieu du 23 juin, profitant d’une regrettable faute de transcription. Cela ne mériterait même pas d’être évoqué.

Mais, si je peux me permettre une suggestion, la prochaine fois relisez, vous aussi, vos propres écrits. Vous y trouverez des fautes matérielles élémentaires, telle cette erreur de date qui figure à la page cinq du mémoire de Me Baudoux coté C24. Et, j’élude les fautes d’orthographe. Personne n’est parfait, même la plus compétente des secrétaires.
La défense est poignante dans sa démarche quand elle trouve argument pour rédiger : "Raddad, le dimanche 23 juin 1991, avait un alibi entre 12 h et 13 h". Mais alors, pourquoi profiter d’une erreur matérielle, que l’on peut qualifier de bavure dactylographique, pour se lancer à corps perdu dans la thèse du meurtre du lundi 24 juin ? J’imagine qu’il s’agit là d’une manœuvre désespérée mais malhabile, propre à tirer tous les arguments vers le bas. Franchement, je pensais qu’elle aurait pu profiter de ce que cette enquête était bâclée et mal ficelée pour mieux argumenter.
Elle devait être désemparée pour écrire : "Qu’aucun prélèvement opéré dans le local où a été découvert le corps de la victime ne révèle la présence d’Omar Raddad dans ledit local". Ou alors, elle ne connaissait pas les résultats du laboratoire faisant état de ce que des particules de poussière de la cave avaient été retrouvées sur les semelles des chaussures et dans la texture du pantalon de son client. Ces particules seraient-elles gênantes ?
Par contre, j’adhère à leur réflexion sur l’absence d’empreintes digitales de Raddad sur le sac à main. C’est effectivement un élément négatif. Mais il n’est pas de nature à exclure sa culpabilité, alors qu’aucune empreinte même appartenant à la victime n’aura été décelée. Comme l’observera plus tard l’avocat de la partie civile : "L’absence d’un relevé d’empreinte utilisable techniquement n’a jamais constitué une preuve négative du contact d’un individu avec un objet".
Elle tire argument de la conclusion d’expertise indiquant qu’aucune trace de sang n’aura été décelée sur ses vêtements. La réflexion est logique, mais ne tient aucun compte des constatations médicales qui ont défini qu’il n’y avait pas eu projection de sang mais extériorisation des blessures de la victime. La défense prétend mais ne prouve jamais. Cependant, ce serait sortir de son rôle qui n’est pas forcément celui de la recherche de la vérité.
Comment peuvent-ils demeurer crédibles quand ils écrivent que nous n’avons pas retrouvé dans le sous-sol des débris de végétaux et des fragments de terre ? Ont-ils eu la curiosité d’examiner de près les semelles des chaussures de leur client ? Non ? C’est bien regrettable. La curiosité est parfois une qualité. Ils n’auraient pas posé la question à laquelle j’ai répondu par ailleurs.
Ils sont pathétiques, lorsqu'ils écrivent dans leur mémoire : "Les conseils de l’inculpé ont appris par la presse que des témoins, à la connaissance des avocats, pas encore entendus à ce jour, sont susceptibles de préciser que le 23 juin 1991 entre 11 h 45 et 12 h 30, auraient entretenu une conversation à proximité de l’entrée de la propriété de Mme Marchal et n’auraient constaté l’entrée ni la sortie du domicile de Mme Marchal d’un quelconque individu". Est-il encore nécessaire de rappeler les écoutes téléphoniques et les nombreux appels de Christian Vellard au cabinet de Me Girard ? Leur attendu ne me semble pas raisonnable, mais il est probable que les avocats ignoraient que leurs témoins étaient placés sous écoute.
Ils sont un précieux auxiliaire des gendarmes lorsqu’ils estiment : "Pouvoir raisonnablement penser que si Omar Raddad était effectivement l’auteur des faits incriminés, il aurait eu largement le temps de regagner son pays d’origine et se soustraire ainsi à l’action de la justice". C’est la raison pour laquelle nous l’avons interpellé rapidement. Mais ma pensée est-elle discursive en soutenant qu’il n’avait aucune raison de fuir, ne pouvant imaginer que sa victime allait le dénoncer !
Je souris lorsqu’ils reprochent à mes techniciens et aux médecins légistes de ne pas avoir mesuré la largeur des doigts de la victime. Est-il possible qu’ils n’aient pas prêté attention aux rapports d’expertise en écriture qui précisaient que le scripteur, pour certaines lettres, s’était servi de deux doigts ? Les ont-ils au moins considéré toutes ces lettres de sang ? S’ils avaient fait un effort intellectuel objectif pour observer les caractères de l’écriture, ils auraient constaté qu’aucun n’a la même largeur. Ils auraient pu aussi réaliser, comme nous l’avons fait, une page d’écriture avec de la peinture et ils auraient découvert que leur question était non pertinente. Mais surtout, ils auraient tout comme nous noté l’absence de toute empreinte digitale, les lettres étant lissées.
Il était dans l’air du temps, et il l’est toujours, de railler le travail de recherche d’empreintes des gendarmes, de bon ton d’écrire que nous n’en avions pas relevées. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas été recherchées, mais tout simplement qu’il n’y avait aucune empreinte exploitable.
Ils pensaient tirer argument de l’absence prétendue de traces de sang dans la cave. Dans la logique de leur thèse rocambolesque, ils oublient l’objectivité des constatations et les dossiers photographiques.
Pensaient-ils sérieusement que leur observation médicale sur l’absence de sang dans la cavité abdominale soit un élément crédible ? Les légistes ont répondu scientifiquement à leur question. Pourquoi prétendent-ils que la blessure au foie a été immédiatement mortelle ? Comment peuvent-ils écrire : "L’hémorragie du foie qui s’est extériorisée accrédite la thèse selon laquelle Mme Marchal, immédiatement après avoir contracté les blessures au foie, s’est effondrée sur place, à plat ventre et s’est vidée de son sang". Et, c’est sur cet argument désespéré qu’ils se fondent pour dire : "Mme Marchal n’a donc pas pu écrire la mention claire accusant Omar Raddad après avoir contracté la blessure au foie". Ils n’ont pas tenu compte des rapports médicaux qui précisaient : "Qu’aucun des coups portés à Mme Marchal n’est immédiatement mortel ; par contre la somme de tous les coups et blessures l’est après une agonie certaine".
En examinant davantage les photographies que nous avions prises dans la cave, ils n’auraient pas osé avancer des thèses dont aucune n’est défendable. Tout ce qu’ils affirment n’est pas sérieux.
Ils pensent impossible que Ghislaine Marchal ait pu faire l’effort du transport du lit pliant, en l’état de l’absence d’expulsion des intestins de la plaie abdominale de 14 cm de long. Ont-ils ouvert les dossiers photographiques que nous avions annexés ? Oui ? Ils ont alors observé cette plaie d’éventration. Et que voyons-nous, si ce ne sont les anses intestinales souillées de poussière et de ciment. Faut-il préciser le numéro des photographies, la page du rapport médico-légal ?
Cependant, les avocats se sont bien gardés de relater que ce lit était muni de deux roulettes facilitant ainsi son transport (cf. notamment, clichés 7, 8 et 14 de la procédure de transport sur les lieux du 18 février 1992 - procès-verbal 491/92.) ou alors ils n’ont pas observé ce détail particulier et d’importance.

Il était de bon aloi, comme il l’est toujours, de pérorer sur la faute d’orthographe. Mais il est plus délicat dans le débat contradictoire d’aller à l’encontre des preuves irréfutables que la victime faisait des fautes de grammaire et d’orthographe. Cette faute d’infinitif n’a d’ailleurs jamais été paradoxale dans ce contexte.
Ils ont eu, je le comprends, d’énormes difficultés pour assurer la défense de leur client. Il est vrai que gendarmes et magistrats leur avions facilité les choses puisque selon eux notre enquête était bâclée et mal ficelée. Il est incontestable avant tout que les charges et indices qui pesaient sur leur client étaient lourds, graves et concordants. Il est démontré aussi que l’instruction a été efficiente et menée sans retard inutile par un juge d’instruction particulièrement compétent et serein, qui ne s’est pas laissé berner par des arguties. Ce n’est pas dans ce dossier que les institutions peuvent être blâmées d’un quelconque dysfonctionnement.
Si l’on compulse les arrêts de confirmation des ordonnances du juge Renard rejetant les nombreuses demandes de mise en liberté de la défense, l’on remarque que les magistrats de la chambre d’accusation ont, à chaque fois, sereinement, dans l’esprit de justice et contradictoirement, rejeté toutes leurs observations. Quel camouflet quand la chambre, dans ses attendus, précise que la mise en liberté est sollicitée sans motif particulier, que les présomptions qui pèsent sur Raddad sont lourdes au vu des expertises et des constatations matérielles. Pour une enquête bâclée et mal ficelée, on aurait pu s’attendre, dans le contexte médiatique savamment entretenu, que Raddad allait être mis en liberté et placé sous contrôle judiciaire. Il n’en a rien été. Peut-être l’enquête était-elle trop bien ficelée ! D’ailleurs, aucun acte d’information complémentaire ne sera prescrit par la chambre d’accusation ; l’information au premier degré étant complète et régulière. Si tel n’avait pas été le cas, cette juridiction n’aurait pas manqué d’ordonner des mesures d’investigations supplémentaires.

(à suivre)

© Editions l’Harmattan

Georges Cenci

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