Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.
«En 1894 on condamnait un jeune officier parce qu’il avait le seul tort d'être juif ; en 1994 on condamnait un jeune jardinier qui avait lâchement tué une femme âgée sans défense. En 1906 Alfred DREYFUS fut réhabilité alors que Omar RADDAD est un condamné définitif. Un était innocent, l'autre est coupable ». - Georges Cenci

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Chapitre III ; extrait n°9

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L'enquête judiciaire (suite)

Les vérifications, encore très fragmentaires, de l’emploi du temps ne confirment pas la longue déposition de Raddad. Il n’est vu ni à la boulangerie ni au Lotus. Cela n’en fait pas nécessairement un coupable mais un suspect dont il conviendra de vérifier point par point les détails de sa déclaration.

Cependant, comme pour toute affaire judiciaire sans preuve matérielle formelle et sans aveu, je sais déjà que les investigations seront longues et devront être minutieuses. Mais dans un climat médiatique épouvantable, avec ce qui se fait jour, la manipulation de l’opinion publique.
J’écris dans mon rapport de synthèse : "Depuis le mercredi 26 juin 1991, les médias et la presse écrite en particulier relatent régulièrement l’affaire dont il s’agit, avec forces détails et interprétations en tout genre. De plus, l’analyse des informations publiées démontre d’une façon évidente que la presse a été unilatéralement informée de l’interprétation de certains détails de cette affaire ce qui, inévitablement, marquera la mémoire des citoyens appelés à se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’Omar Raddad. En effet, pendant des mois, les hypothèses imaginaires, les interrogations, les interprétations voire les divagations de certains articles auront imprégné et marqué la mémoire des citoyens, dont certains qui feront partie du jury devront se prononcer selon leur conscience et avec impartialité."
Le procès de rue a commencé le 26 juin 1991. Pourquoi ? Combien de fois m’aura-t-on posé la question ! Je suppose que tous les ingrédients étaient réunis pour intéresser l’opinion publique : la Côte d’Azur, la baie de Cannes, Mougins, la richissime veuve Marchal, le petit jardinier marocain au visage énigmatique qui clame son innocence, le mystère de la chambre jaune et je ne sais quoi encore, peut-être la justice de classe, le racisme, les bourgeois, les gendarmes. Ah ! Ces gendarmes qui ne disent jamais rien et qui ne répondent jamais.
Ce mercredi 26 juin 1991 à 15 h 30, l’audition de Raddad est loin d’être terminée. Il reste encore 13 h de garde à vue quand le procureur de la République de Grasse, M. Cavallino, décide d’ouvrir une information judiciaire. Inattendue décision, en pleine garde à vue ! Est-ce le premier article paru dans Nice-Matin qui a provoqué la décision de ce magistrat avec lequel je me suis d’ailleurs heurté dans le bureau du juge d’instruction ? Le chef du parquet me soupçonnait, à tort, d’avoir communiqué des informations à la presse locale et mettait ainsi ma parole en doute ; ce que je n’avais pas apprécié. J’apprendrai quelques jours plus tard qui, de son entourage, avait livré quelques informations secondaires à un journaliste. Toujours est-il que le parquet passait le flambeau à l’instruction. La garde à vue se poursuit sur commission rogatoire et à son terme, Raddad est présenté au magistrat instructeur, la juge d’instruction Sylvaine Arfinengo.
Les éléments objectifs recueillis depuis le 24 juin alimentent mon étude analytique. D’autres viendront, les jours et les semaines suivants, l’enrichir. Ils me permettront d’envisager plusieurs hypothèses qui orienteront mes investigations dans le cadre d’une commission rogatoire.

(...à suivre)

© Editions l’Harmattan

Georges Cenci

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Bertrand ROC Bertrand ROC ·  08 août 2011, 23:56

Concernant la face psychologique d'Omar Raddad ; je me demandais si d'une façon ou d'une autre il avait essayé de vous faire passer des messages après sa condamnation ? ...Du style "Vous êtes quasiment le seul à avoir réellement percé les secrets de mon personnage ; cela ne vous agace pas de ne pas faire l'unanimité dans l'opinion ?"
Et si "oui", quelle a été votre réaction ?
Merci.

Georges Cenci Georges Cenci ·  09 août 2011, 19:13

@Bertrand ROC :
Un prétendu grand avocat spécialiste des plateaux de télévision et des salles de pas perdus de nos Cours et tribunaux avait péroré en déclamant dans sa plaidoirie ''omarcissique'' que je me prenais aussi pour un expert en écriture. Alors pensez-bien qu'il n'est pas question de me comparer aujourd'hui à un expert psychologue !

Cependant, connaissant le dossier et les charges ayant entraîné la condamnation de Raddad j'ai, durant ces deux décennies, observé la singularité du comportement de ce personnage à travers ses apparitions médiatiques. J'ai d'ailleurs clairement dit ce que je pensais de lui dans plusieurs interviews et croyez bien que je ne suis pas le seul à avoir discerné sa vraie personnalité.

Pour répondre plus précisément à votre question, les adorateurs du meurtrier me laissent indifférents. Les 5 décisions de justice ont à mes yeux plus de valeur même si elles n'entraînent pas l'adhésion de ce que vous appelez l'opinion, et je reste un observateur attentif aux dérives de cette affaire et aux pérégrinations Omarienne qui m'amusent plus qu'elles ne m'irritent. Je n'ai décodé aucun message venant du meurtrier ; peut-être ne sommes-nous pas sur la même fréquence ! Je ne manquerai pas de vous le faire savoir dans le cas contraire !

Enfin, je tiens à vous dire qu'il m'est agréable de constater que se manifestent souvent des réactions sensées et fortement motivées, provenant d'auteurs parfaitement informés et assez courageux pour aller, sans détours, à contre sens de la formidable machine à manipuler l'opinion. Ce sont en quelque sorte des bouffées d'oxygène dans l'atmosphère polluée de la prétendue "information"; j'en veux pour preuve les billets que vous trouverez sur ce blog, de Laurent Davenas, avocat général près la Cour de Cassation et Philippe Bilger, avocat général près la Cour d'Appel de Paris. Aucune comparaison à leur lecture avec les commentaires véhiculés sur certains blogs qui sont consternants de vulgarité, d'indigence et d'absurdité.
Bien à vous

GMI GMI ·  14 août 2011, 11:51

Dans le livre il y a un détail que je ne m'explique pas :
Il y a un coup de fil pour Toulon relevé à 12h51 qui, du fait qu'il provient d'une cabine pas trés éloignée du domicile de Omar Raddad tendrait à être un indice en sa faveur.
Et pourtant dans les premiers jours, il ne le mentionne pas et mieux, déclare n'avoir téléphoné que le soir. Cela voudrait t'il dire que ce n'est pas lui qui a passé ce coup de fil ...
D'autre part, le contenu de la conversation est t'il connu ? Je suppose que non.
En tout cas, merci pour cette version objective et précise de l'enquête et du procès

Georges Cenci Georges Cenci ·  15 août 2011, 05:29

@GMI :
Bonjour. Vous avez lu dans mon ouvrage que nous avions recensé des centaines de milliers d'appels téléphoniques provenant de plus de six cents cabines téléphoniques de la région de Cannes. Ce travail de fourmis nous a permis de trouver un appel d'une cabine téléphonique implantée pas très loin du domicile de Raddad, à 12 heures 51 minutes 19 secondes, à destination de sa belle-mère, Mme CHERACHNI, à Toulon.
Dans sa longue audition (12 pages), Raddad ne parle pas de cet appel. Il fait état d'un appel à sa famille, le soir; appel que nous n'avons pas retrouvé.
Il est étonnant n'est-ce pas que cet homme élude cet appel téléphonique alors qu'il se souvient des prix des pâtisseries affichés dans la boulangerie. Mais nous avons, lors de sa garde à vue, constaté également son mutisme sur la fréquentation des casinos et celle des prostituées.
Qui a téléphoné de cette cabine ? Est-ce un membre de sa famille ? Est-ce lui ? Personnellement, je pense que c'est Raddad qui a téléphoné de cette cabine et cet appel ne l'innocente pas pour autant comme je l'ai expliqué dans mon ouvrage.
Le contenu de la conversation n'est pas connu. Une conversation ne peut-être retranscrite seulement si une écoute téléphonique est autorisée par un juge d'instruction pour une ligne déterminée. Ce qui n'était pas le cas d'espèce.
Merci de m'avoir lu. Bien à vous.

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