Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Jean-Marie Rouart est-il coupable ?

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Article de Patrick Besson – lepoint.fr 21 juillet 2011

On aime les jardins et on adore le Maroc : pour nous, Omar Raddad ne pouvait être que non coupable. D'autant qu'un de nos vieux copains, l'académicien Jean-Marie Rouart, avait pris sa défense dès 1994.

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Il était même arrivé, avec l'aide du roi du Maroc, Hassan II, à faire gracier Omar par le président Chirac en 1998. Depuis cette date, Raddad est libre mais n'a plus le droit d'exercer la profession de jardinier. Du coup, il n'est pas libre. Pour gagner sa vie, il a été obligé de devenir boucher, ainsi que le montre le film récent de Roschdy Zem, "Omar m'a tuer", où le désopilant Denis Podalydès incarne un Jean-Marie plus emporté, bavard, brouillon et pétaradant que nature. Dans la salle B du MK2 Bibliothèque (13e), celle que je préfère car elle est en hauteur comme un cimetière inca, il y avait, le matin où j'ai vu "Omar m'a tuer", une bande de petits Beurs et de petits Blacks dont j'ai craint un moment qu'ils ne chahutent pendant la projection. Dès la première image, ils se sont tus et, pendant qu'ils regardaient le film, n'ont plus fait un bruit. On ne les entendait même pas respirer. Parce qu'ils voyaient leur existence future se dévoiler sur l'écran. Et qu'elle leur coupait le souffle ? Il y a une valeur éducative dans le film de Zem : quand on est un enfant d'immigré, il faut bien travailler à l'école pour apprendre à lire et à écrire afin de ne pas devenir jardinier à Mougins et de ne pas être accusé d'avoir tué Mme Marchal. Ou de ne pas tuer Mme Marchal ? A la sortie, dans ce merveilleux hall du premier étage qui domine les jardins de la bibliothèque François-Mitterrand, ces jeunes spectateurs avaient le visage net de qui a beaucoup réfléchi, dans le noir, à son propre cas.

En réponse au pamphlet de Rouart ("La construction d'un coupable", qui vient de reparaître aux Editions de Fallois), et au film de Zem qui s'en inspire librement (Jean-Marie n'a jamais couché au Negresco, en tout cas pas tout seul, et ne monte pas sur les Mobylette, en tout cas pas tout seul non plus), Guy Hugnet, journaliste indépendant, vient de faire paraître "Affaire Raddad, le vrai coupable", à L'Archipel. Pour Hugnet, le seul coupable possible, imaginable, réel, concret et en quelque sorte inévitable, c'est Omar Raddad, et il en fait la démonstration tout au long d'un livre implacable, aussi implacable que la plaidoirie à charge de Georges Kiejman, le 8 février 2002, lors du procès en diffamation intenté par la famille Marchal à l'académicien. J'y étais. Je me suis dit ce jour-là que, si j'avais à l'avenir Kiejman contre moi dans un procès, je me ferais porter pâle. Jamais entendu quelqu'un dire autant de méchancetés sans lire ses notes et pendant aussi longtemps. Peut-être moi, après un dîner trop arrosé, à une fille sans défense, je veux dire sans avocat.

Je dis souvent à Jean-Marie : "Tes livres sont nuls mais dans ta vie tu auras quand même réussi à faire libérer un meurtrier, et pour ça, chapeau." Il ne sait pas si c'est du lard ou du cochon. Expression idiote, car le lard, c'est du cochon. Rouart reproche à la justice d'avoir jugé Omar coupable parce qu'il est un petit jardinier marocain, mais c'est parce qu'il est un petit jardinier marocain que les médias l'ont innocenté et que l'ancien président de la République l'a gracié. L'innocence d'Omar est devenue un dogme devant lequel Jean-Marie Rouart pose en vestale chagrine et enamourée. Les opposants à cette thèse quasi religieuse se transforment, dans l'esprit du public, en iconoclastes douteux, alors qu'ils se contentent, comme Hugnet dans son livre passionnant ou Kiejman dans sa diatribe sanglante de 2002, d'aligner les faits accablants pour Raddad.

Georges Cenci

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