Omar l'a tuée

Vérité et manipulations d'opinions. Enfin une information contradictoire sur l'affaire Omar Raddad.

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Le journaliste HUGNET répond au romancier Rouart

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Il y a quelques jours, Atlantico publiait les bonnes feuilles de l'ouvrage choc de Guy Hugnet sur l'affaire « Omar m'a tuer ». L'académicien Jean-Marie Rouart, qui a toujours clamé l'innocence d'Omar Raddad, répond aux accusations du journaliste.

Publié le 20 juin 2011.
Jean-Marie Rouart : "Omar Raddad mérite un nouveau procès !"

Atlantico : Un nouvel ouvrage vient remettre en cause la thèse de l'innocence d'Omar Raddad que vous avez toujours soutenue, ainsi que l'honnêteté intellectuelle de votre engagement...
Jean-Marie Rouart : Je trouve triste qu'on puisse entreprendre un livre pour démontrer la culpabilité de quelqu'un qui est déjà condamné. Je n'en vois pas l'intérêt. Autant je comprends des gens qui, à la suite de mon propre livre, ont tenté de venir en aide à quelqu'un qu'ils considéraient injustement condamné, mais je ne comprends pas ce qui motivent ceux qui veulent accabler quelqu'un qui est déjà condamné. Il y a tellement de belles causes à défendre : quel intérêt de dire que celui que la justice a condamné est coupable ? Il faut vraiment avoir un esprit tordu pour attaquer ceux qui, comme moi, n'ont eu que des déboires, et aucun intérêt à défendre Omar Raddad : j'ai été condamné en diffamation [en 2002, ndlr] et destitué du Cercle Littéraire. Quelle cible je représente pour lui ? Quelqu'un qui a trop d'idéal, qui s'est sacrifié pour une cause ? C'est du temps perdu.
Sur les détails, Guy Hugnet m'accuse d'avoir été aveuglé par la certitude de l'innocence d'Omar Raddad. Mais lui, il reprend la version de ceux qui l'accablent, à savoir la famille, le major Cenci, les gendarmes. Ce qui me paraît surtout criticable, c'est d'analyser de tout petits de détails dans l'optique qu'Omar Raddad est coupable, sans tenter à aucun moment de s'élever de ce principe d'accusation : et si Ghislaine Marchal n'avait pas pu écrire l'inscription ? Moi, j'ai la conviction que c'est impossible, car la lumière était éteinte [Guy Hugnet affirme le contraire, ndlr] et elle était mourante. J'ai essayé de tracer l'inscription dans le noir en plongeant mon doigt dans de la peinture : ce n'est pas possible !
Par ailleurs, comment expliquer que les gendarmes aient fait disparaître les photos de l'appareil de Mme Marchal au bout de quinze jours ? Cela ne s'est jamais vu !
Sur l'histoire des prostituées [qu'Omar Raddad aurait fréquentées, ndlr], jamais on n'a eu la preuve qu'ils en avaient vues, car elles n'ont jamais voulu témoigner [en réalité, une prostitué a bien témoigné, avant de se rétracter, ndlr].
On ne peut donc pas discuter sur des faits sur lesquels nous sommes en divergence. Moi, j'ai été critique par rapport à la version des faits présentée par les gendarmes, et lui, il n'est pas critique, il avale tout.

Avez-vous aujourd'hui le sentiment d'avoir toujours été complètement objectif par rapport aux faits ?
On peut faire le reproche à un avocat de jouer avec sa conscience. Mais pas à quelqu'un comme moi qui n'avait strictement aucun intérêt dans l'affaire. Ma seule motivation, c'était d'aider un innocent, qui n'avait pas la possibilité de se défendre.
J'ai eu cette intuition au départ, mais après mon enquête, et depuis lors, je suis à 100% convaincu de l'innocence d'Omar Raddad, et jamais je n'ai eu de doute ! Je ne change pas d'avis : on a construit un coupable, et la justice s'honorerait de lui offrir un nouveau procès, pour confronter les deux théories. Pourquoi les détracteurs d'Omar Raddad s'y opposent-ils ? Je trouve cela indigne. Grâce à la nouvelle loi Toubon, qui a été élaborée suite à l'affaire Raddad, il y a un appel en Cour d'Assises. Pourquoi Omar n'en bénéficie-t-il pas ?

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Publié le 21 juin 2011.
Guy Huguet : "Un film qui rate sa cible".

Le film "Omar m'a tuer" de Roschdy Zem sort en salles le mercredi 22 juin. Selon le journaliste Guy Hugnet, il n'est guère conforme à la véracité des faits de la fameuse affaire...

Remarquablement interprété – en particulier par Sami Bouajila dans le rôle d’Omar Raddad –, jouant à fond la corde sensible de l’émotion, le film de Roschdy Zem trouvera peut-être un accueil favorable auprès du grand public. Pourtant, il est peu probable qu’il atteigne son objectif avoué : convaincre la justice française de ré-examiner le dossier. Rappelons qu’en 1994, Omar Raddad a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Ghislaine Marchal, son employeur. Quatre ans plus tard, sur l’initiative personnelle d’Hassan II, roi du Maroc, il bénéficiait d’une grâce présidentielle accordée par Jacques Chirac. Depuis, le jardinier marocain ne cesse de crier son innocence et de réclamer un nouveau procès. En réalité, le film ne sert pas sa cause. Pour au moins deux raisons. La première : il accumule les contrevérités. La seconde : il élude les questions qui fâchent, celles qui lui ont valu d’être suspecté puis inculpé. Or, à l’inverse du grand public - qui dans sa grande majorité ne connaît pas le fond du dossier - les juges, eux, ont accès à toutes les pièces. Il leur est donc facile de comparer les affirmations du scénario et celle de l’enquête. Et de pointer du doigt les défaillances. Quelques exemples.
Selon le film, Madame Marchal aurait été tuée le lundi 24 juin, ce qui disculpe Omar Raddad qui se trouvait à Toulon ce jour-là. Mais la conclusion des trois experts - parmi lesquels le professeur Dominique Lecomte, directeur de l’Institut médico-légale de Paris - mandatés par la commission de révision est tout autre et sans équivoque : Madame Marchal est morte entre 11h45 et 14h le dimanche 23 juin et non le 24. Or, ce jour-là, Omar Raddad se trouvait à proximité du lieu du crime.[1]
Autre contrevérité, celle de l’inscription sanglante désignant Omar. Impossible, dit le film, de l’écrire dans le noir. Il existe en réalité deux inscriptions. La première « OMAR M’A TUER », très nette, bien lisible, légèrement penchée. L’enquête a montré qu’elle a été rédigée alors que la lumière du couloir était allumée. L’interrupteur porte les traces du sang de la victime. La seconde inscription « OMAR M’A T », non achevée, est quasiment illisible. Gribouillée dans le noir, elle témoigne de l’affaiblissement de Madame Marchal qui se vide de son sang et meurt quelques minutes plus tard. En faisant l’amalgame entre les deux inscriptions, le film tord le cou à la réalité des faits.
Omar Raddad parlait-il et comprenait-il correctement la langue française au moment des faits ? Tout au long du film, on le voit en proie à des difficultés pour s’exprimer dans notre langue. Les gendarmes, eux, affirment n’avoir eu aucun problème de compréhension lors de l'interrogatoire. Ils ne sont pas les seuls. Selon sa femme, on parlait français et arabe à la maison. De leur côté, le docteur Roure, psychiatre, et le docteur Courbet, psychologue, n’ont pas éprouvé non plus de difficultés pour l’interroger en français. Omar Raddad, ont-ils précisé, comprenait et s’expliquait très correctement en français. Ce n’est que plus tard, lorsque ses avocats sont entrés en piste, qu’il a demandé l’aide d’un interprète. Stratégie de victimisation ?
Face à cette litanie de contrevérités - soi disant disparition de photos, pas de sang dans la cave, Omar n’y allait jamais, pseudos révélations attendues de l’ADN, etc - les juges vont sans doute rester pantois.

Autre point névralgique à leurs yeux : le film esquive les éléments essentiels - indices, charges - qui ont valu au jardinier marocain d’être inculpé puis condamné. À aucun moment, on ne voit le fil rouge de l’enquête. La thèse de l'accusation passe à la trappe au profit de l’erreur judiciaire martelée comme une évidence. Nul doute pourtant que le scénario aurait été beaucoup plus convaincant s’il avait confronté les points de vue. Ainsi, l’absence d’alibi de l’accusé n’est pas traitée. Le jour et à l’heure du crime, Omar Raddad qui se trouve à 400 mètres des lieux, prétend être descendu déjeuner chez lui. Dans ce cas, six à sept personnes auraient dû l’apercevoir. Or, aucune ne l’a vue. Autres sujets éludés, les graves problèmes d’argent du jardinier, son addiction au jeu, le fait que nul n’était au courant qu’il se trouvait à proximité ce jour-là (personne ne pouvait donc lui faire porter le chapeau, thèse de la défense). Et surtout, point crucial, démonstration a été faîte que seule la victime a pu mettre en place le dispositif de blocage de la porte. C’est donc elle qui a désigné son meurtrier.
En jouant uniquement la carte de l’émotion sans se confronter vraiment à son sujet, Roschdy Zem ne prend pas seulement le risque de contrarier les juges. Il s’expose également à un revirement de l’opinion. Celle-ci, s’apercevant qu’on lui a menti, pourrait bien se détourner de l’affaire ou pire prendre parti contre Omar Raddad. Quant à Madame Marchal, massacrée au fond de sa cave par un beau dimanche de printemps, à la vue de ce spectacle, elle doit se retourner dans sa tombe.

[1] : http://www.courdecassation.fr.

Sources : Atlantico.fr ICI et ICI (version tronquée)

Georges Cenci

Administrateur : Georges Cenci

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